André Pécoud ou les bonheurs de Philippe
- Le 30 janvier 2009
- Par Philippe
- dans Au gré des brocantes
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Il y a peu, j’ai acheté en brocante un livre des années 50 illustré par André Pécoud, en l’occurrence Les quatre filles du docteur March. Car la vue de ces dessins a fait ressurgir en un éclair le lumineux souvenir de mes premiers émois de lecture, à 8 ans. A cet âge avancé, ma famille s’inquiétait légitimement de ne me voir pas prendre goût aux livres. Je ne lisais point Goethe dans le texte, je ne nourrissais aucune passion ardente pour la Recherche du temps perdu et j’ignorais superbement Pascal, Kant et Mallarmé, n’importe qui s’en serait rongé les ongles, normal.
Il m’aura fallu entendre la directrice de mon école lire des extraits des Malheurs de Sophie pour déclencher d’un coup mon intérêt. Aussitôt rentré à la maison j’avais pu me plonger dans ces Malheurs vite dénichés et par chance illustrés par André Pécoud. Je possédais d’autres livres de la Comtesse de Ségur, dans de vieilles éditions poussiéreuses, mais ils ne contenaient évidemment aucun dessin de cet illustrateur (1880-1951). Peu de temps après, je devais également recevoir l’intégralité des ouvrages de la Comtesse de Ségur dans une édition reliée, d’un bleu roi rehaussé de dorures sophistiquées, mais mes dessins favoris ni figuraient toujours pas. Déception.
Alors, au point de lire le livre plusieurs fois, je suis resté sous le charme de cette Sophie qui vivait des aventures aux antipodes de ce que j’étais : enfant sage, calme et posé. Un charme habilement renforcé par ces fameuses esquisses de Pécoud aux traits vivants, aussi délicats qu’expressifs, qu’encore aujourd’hui je trouve tout à fait séduisantes.


lecture, si vous avez aimé lire dans votre enfance ?
IDEAT, sous l’emprise de la confiture
- Le 27 janvier 2009
- Par Philippe
- dans Revue de presse
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Je suis allé la semaine passée dîner à une table d’hôtes* dans le 19ème, un bric-à-brac chaleureux, du mobilier de brocante, trois ou quatre tables éclairées par de grosses lampes basses, un choix de bons vins et une cuisine sans apprêt, de quoi passer un moment agréable et un peu hors de temps. Depuis que j’ai goûté ce soir-là à du fromage de brebis servi avec de la confiture de cerises, je ne m’en passe plus.
A la maison, ma réserve à confitures recelait heureusement un pot aux cerises. Je peux même vous dire, sans beaucoup trahir mon intimité cuisinesque, que son petit couvercle ne demandait qu’à être ouvert par mes petits bras, et que son contenu n’avait qu’un désir dans la vie, celui de venir s’étaler sur les morceaux du brebis, ni trop fruité, ni pas assez, rapporté amoureusement du marché.
Il faut croire que les petites saveurs produisent de grands effets : moi qui ne m’intéresse que de loin au design, je me suis surpris à acheter le numéro d’IDEAT du mois de février, à le lire, et qui plus est à le trouver pas mal du tout. Ma confiture contenait-elle une autre substance que des cerises ?
Certes, au fond, je ne parviens pas tout à fait à rompre avec le sentiment que le design n’est le plus souvent qu’une caricature de lui-même, non pas froid dans la forme, tel que l’on pourrait sans doute un peu facilement le juger, mais froid dans le fond, aseptisé, lisse, abolissant un certain rapport à soi, celui de son histoire. Autant dire que le design et moi n’avons a priori pas grand chose à nous dire. Que peut-il me raconter d’ailleurs à part ce que ses créateurs essaient de lui faire dire à travers des intellectualisations stéréotypées, souvent infatuées ou absconses ? Le design semble condamné à une auto-justification incessante qui ressemble, de près, à ces chansons dont on rabâche le même couplet parce que l’on n’en connaît pas toutes les paroles, et dont on se lasse bien vite…
Mais tout cela était sans compter sur l’effet inattendu de la confiture et du fromage ! J’ai curieusement fait taire mon sentiment général, mis mes deux pieds dans le présent et me suis donc plongé dans IDEAT et son sommaire entièrement « made in France ». Ce numéro de février part en effet à la rencontre de tous ceux, connus ou moins connus, qui font vivre la création
et l’innovation française. Entre les nombreux portraits et interviews, IDEAT nous parle du N°5 de Chanel, fait un point sur le prêt-à-porter ou nous invite chez Andrée Putman. C’est dense, complet, avec le parti pris de faire valoir, en ces temps économiquement moroses, le dynamisme français et son rayonnement à l’international.
La revue n’échappe pas bien sûr à la mise en avant d’une sélection d’objets et de pièces de mobilier, comme le font peu ou prou toutes les revues de décoration. De ce choix plutôt large, j’ai aimé d’emblée la lampe cage Sunset de Pierre Gonalons. Une idée par ailleurs facilement « bricolable » et transposable côté brocante.
J’ai également aimé les tasses incontestablement élégantes dessinées par Sylvain Dubuisson pour la marque Bernardaud (en photo à gauche sur le site).
Et puis il y a ce que je n’ai pas aimé du tout, avec une mention spéciale laideur que je décernerais volontiers au fauteuil S créé par Anne Haloche et Gilles Spriet. Ma poubelle elle-même d’ailleurs, dont je respecte beaucoup le goût, n’en voudrait pas. Mention spéciale laideur aussi, et surtout, au canapé Coco de Marcel Wanders, en « hommage » à Coco Chanel. De quoi vous faire prendre en grippe, jusqu’à la fin de vos jours, les canapés, Chanel, et les hommages. Lorsque j’ai montré la photo de ce canapé à ma poubelle, la malheureuse en a eu un haut-le-cœur.
Il était temps, visiblement, que je reprenne une dose de confiture et de fromage.
Lampes Sunset de Pierre Gonalons
The normand bedroom
- Le 21 janvier 2009
- Par Philippe
- dans L'oeil sur le net
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Une jolie bannière qui me rappelait une photo très semblable que j’avais prise il y a quelques années, un titre qui me remémorait un poème que j’avais écrit et intitulé Les chambres d’été et je sentais déjà, en amarrant sur The normand bedroom, que je serais séduit.
De cette chambre normande, lieu familier et serein, lieu à soi, il y a son rêve fantasmé. Cette chambre, Rafaèle lui fait prendre corps, et âme, sur son blog. Elle y installe doucement ses textes, écrit les chats, les parfums, la solitude, la Normandie, avec une grâce particulière, personnelle et poétique.
En suivant Rafaèle, en écoutant son envie de Normandie, on peut entendre ce qui bat souvent au cœur du désir, conflictuellement : l’oscillation indécise entre ce que l’on souhaite ou semble souhaiter le plus ardemment, et son corollaire d’impossibilité ou d’incomplétude. Rafaèle fait naître de son désir, dans tous les cas, une chambre virtuelle nourrie d’un beau style et de fort jolis textes.
Pour vous donner envie de les découvrir tous, en espérant que vous aurez à les lire un plaisir égal au mien, je citerai juste ces quelques lignes de Rafaèle sur son parfum (Sables d’A. Goutal) :
« Sables, c’est mon parfum des printemps qui s’en reviennent, des étés éternels. Mon grand réchauffeur de peau. J’en ai laissé quelques molécules dans mes chambres normandes. Nos amours sont périssables, et lui et moi avons l’un contre l’autre enterré bien des étés, bien des heures précieuses, bien des soleils couchants. »
Médicis illuminé
- Le 19 janvier 2009
- Par Philippe
- dans Au gré des brocantes
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Quand c’est moins beau, c’est plus moche
- Le 14 janvier 2009
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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J’ai fait le Vietnam. Enfin tout comme : je sors d’une vilaine grippe. Je n’ai aucun problème dès lors qu’il s’agit de partir loin pour guerroyer un peu, ou pour terrasser quelque dragon, ou bien encore pour sauver des princesses. Mais dès que j’ai de la fièvre, je claque des dents en jetant des regards de mourant par dessus la couette, d’où je ne sortirais pour rien au monde, et surtout pas pour terrasser un dragon. Ni même pour sauver des princesses pleurnichardes qui ne supportent pas de rester enfermées en haut d’un donjon sous prétexte qu’elles ont le vertige. Se plaindre du vertige, on rêve ! On voit qu’elles ne savent pas ce que c’est que d’avoir la grippe !
Enfin, à force d’agoniser au chaud, j’ai fini par m’en sortir. Je me suis même autorisé ce week-end une balade masochiste au milieu des soldes. Dans un Monoprix, tandis que je quittais la caisse où je venais d’acheter deux polos, une femme coiffée comme un épouvantail s’est approchée de moi pour me murmurer : « Si je peux me permettre, c’est moins cher chez C&A ». Au lieu de lui tendre une brosse à cheveux, je lui ai juste répondu que oui, mais que c’était aussi moins joli, façon diplomate de dire beaucoup plus moche. Puis elle s’est avancée vers la caisse avec un léger haussement d’épaules.
Non mais, est-ce que j’ai une tête à m’habiller chez C&A ? Pourquoi pas chez H&M pendant qu’on y est !?
J’ai fait ensuite une petite razzia chez Benetton où il est encore possible d’acheter des vêtements qui ne vous fassent pas ressembler à un croque-mort en fin de vie ou à une chauve-souris lépreuse. Comme j’étais boulevard Haussmann, j’en ai aussi profité pour essayer de dégoter une housse de couette dans les grands magasins. J’en ai trouvé une seule à mon goût. Qui hélas n’avait pas de rabat. Déception. Et vous savez quoi : j’ai eu beau rester près de la housse dans le magasin, à lui faire de l’oeil, aucun rabat n’a poussé. Désespoir.
Je suis reparti bredouille.
Et triste.
Et sombre.
Et déprimé.
Des symptômes très classiques à nous autres chercheurs de housses à rabat lorsque nous trouvons des housses sans rabat. Que voulez-vous, nous sommes des êtres sensibles qui avons besoin de toute la stabilité d’un lit bien bordé pour affronter la vie.
























