Verte insouciance
- Le 17 septembre 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Rien ne m’est plus étranger que de pouvoir envisager le repos dans un tumulte quelconque. Juin ou septembre sont de bons alliés à mes retranchements. Pas de ressourcement sans moments ou périodes de solitude. Être pleinement avec les autres, dans le meilleur sens du terme, et être seul, pleinement aussi. Ma famille, mes amis, connaissent et respectent ce besoin. C’est toujours avec beaucoup de gentillesse que je les entends m’inciter à partir loin, le plus loin possible, et à rentrer tard, le plus tard possible. Si je montre quelque scrupule à les délaisser, ils insistent avec vigueur. Cela leur fait, disent-ils, des vacances. Comme c’est délicat de leur part de ne pas vouloir me faire sentir combien je vais leur manquer !
Je finis donc toujours par répondre favorablement à leurs compréhensives incitations. Ils saluent ensuite mon départ avec maints « Allez, oust ! » ou « Bon vent ! » qui semblent les rendre joyeux et comme soulagés.
Il n’est pas donné à tout le monde d’aimer la solitude. Beaucoup de gens se trouvent bien seuls, peu se trouvent bien, seuls. Une différence pas seulement imputable à une virgule. Car il convient avant tout d’apprécier d’être en sa propre compagnie, ce qui est heureusement mon cas. Je suis à moi-même l’ami bienveillant qui me permet de remettre, de-ci, de-là, ma vie en perspective, et d’octroyer à la douce contemplation des choses le temps qui lui est nécessaire, loin des vaines agitations qui parasitent incessamment notre quotidien.
Mais n’y a t-il pas du danger à prendre ainsi du recul à doses régulières ? vous demandez-vous.
En effet, cette disposition d’esprit comporte sûrement un danger quelconque. Mais vous dire lequel, je ne sais pas.
Le recul a l’avantage en revanche de vous faire accéder à un champ de conscience élargi. Bien que ce soit sans doute ce dernier qui permette d’avoir du recul. La question n’a pas encore été tranchée.
Parfois, lorsque vous prenez vraiment beaucoup de recul, cela vous fait ressembler à un petit point sur l’horizon. A éviter.
Le plus souvent cela vous fait vous sentir seul quand vous ne l’êtes pas. Dans la foule, la contemplation admirative des autres vous laisse largement perplexe : ils ont tout l’air d’avoir l’intelligence d’un panier de poireaux, alors que vous, vous avez beau vous entraîner tous les matins dans la salle de bain, vous n’arrivez qu’à des résultats très insatisfaisants en la matière.
Oreillettisée, iphonisée, la majorité d’entre eux part il est vrai avec un incontestable avantage sur moi.
Handicapé par ma lourde tendance au recul, je peine donc péniblement à devenir un abruti plus accompli. Je ne souhaite cela à personne, surtout par les temps qui courent, si vite, dans cette direction.
Voilà ce qui guette à vouloir adopter une présomptueuse disposition au recul, à la réflexion, à l’arrêt. Qu’il faudrait être idiot pour dire que celle-ci comporte sûrement un danger quelconque, sans être fichu de dire lequel !
Cette disposition peut d’ailleurs entraîner plus loin encore. Mes pérégrinations basques m’ont ainsi indiqué plus clairement que jamais à quel point je devenais inapte au déplaisir. Je me sens devenir en matière de désagrément un incompétent absolu. Je laisse mes désirs voguer jusqu’aux verts pâturages de leur satisfaction, sans plus les dévier dans les censurantes voies du refoulement.
Mais où tout cela va-t-il donc me mener ?
A être moi, de plus en plus. De mieux en mieux.





Saint-Sébastien
- Le 13 septembre 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Depuis Saint-Jean-de-Luz, j’ai voulu aller passer une journée à Saint-Sébastien. L’aventure paraissait très raisonnable, aucun obstacle inconsidéré ne semblait devoir surgir, ni pour m’empêcher d’atteindre mon but, ni pour gâcher ma journée.
Seulement voilà, lorsqu’une indécrottable poisse a décidé de vous coller, vous et personne d’autre, alors que vous vous êtes éveillé le matin même dans un état de parfaite innocence (celui-là même qui préside d’ailleurs à chacune de vos journées), eh bien vous devenez tout à coup une petite chose démunie, un fétu de paille dans un tsunami, un moucheron dans un cyclone, une feuille d’automne balayée par des vents froids sous un ciel sombre au cœur d’une forêt humide. Inutile de vous narrer par le menu mon chaotique voyage, il ne faut pas abuser des bonnes choses. J’ai fini quoi qu’il en soit par arriver à Saint-Sébastien. En descendant bien sûr à la mauvaise gare, celle qui se trouve à la périphérie de la ville, mais je n’en étais plus tout à fait à ça près…
Il est ainsi des moments dans la vie d’un homme où il doit savoir accueillir bravement les coups du destin, et demander humblement son chemin en espagnol. La jeune femme qui m’a gentiment répondu m’a expliqué que je pouvais rejoindre le centre en une demi-heure de marche environ mais que je pouvais aussi prendre un bus. La perspective de me retrouver à Buenos Aires ou à Pékin suscitant peu mon intérêt, j’ai préféré finir à pied. Je suis donc enfin parvenu dans le centre au terme d’une matinée de voyage complète, sous un soleil de plomb, épuisé, et dans d’assez mauvaises dispositions pour apprécier ma visite dirons-nous.
Si je retourne un jour à Saint-Sébastien, j’opterai pour la téléportation. L’avantage des mauvaises expériences est de permettre souvent ultérieurement des choix plus stratégiques.
Mais si l’envie me prend vraiment d’y retourner, le mieux serait encore que je reste couché !




Plus gris-bleu que jamais
- Le 11 septembre 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Un événement mondial peut-il passer inaperçu ? Reformulons la question : Gris-bleu peut-il arborer une nouvelle bannière, changer ses couleurs, sans que personne ne s’en aperçoive ? Pas un mot au journal de 20 h, rien non plus à la radio, pas une ligne dans le Monde. Vous ne me croyez pas, c’est pourtant vrai.
Seule Anne, aussitôt la nouvelle bannière insérée, s’est manifestée dans les commentaires pour me dire qu’elle la trouvait belle.
Anne, je veux vous rassurer : vous n’êtes pas seule, moi aussi je la trouve belle !
Et je ne dis pas ça pour faire plaisir à mon blog, par flatterie. C’est très sincère. Je ne lui fais d’ailleurs que des compliments qui me paraissent justifiés. J’épargne sa timidité, un rien le fait bleuir.
De l’art d’être héroïque
- Le 24 août 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Cahiers, stylos et agendas se pavanent aux premières loges des magasins. Le glas de l’été fait entendre au loin son lugubre écho tandis qu’au dessus de nos têtes une nuit inquiétante s’abat sur nous chaque soir un peu plus tôt. Dans la plaine, partout, les loups hurlent, pendant que sur la salade l’escargot bave. Des signes qui ne peuvent tromper un observateur averti : la rentrée profile son ombre froide. Dans ces circonstances, je suis fier de vous faire part ici-même de mon entrée en résistance.
Car non, j’ose le dire, je ne suis pas rentrable !
Afin que ces mots ne restent pas vains, je prends dès demain le maquis des vacances. Ce n’est pas rien j’en ai conscience. Après avoir posé longuement le pour et le contre pendant deux secondes, ma décision est irrévocable. Je ferai mon devoir et rien ne pourra m’en détourner. Je pars donc barboter une nouvelle fois dans les vagues, plus au Sud et plus longtemps qu’en juillet. Je m’impose de prendre soin de moi sans lésiner, sans faiblir, en vous promettant de tout faire pour me montrer à la hauteur.
Grand tri de printemps
- Le 15 juin 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Grand tri de printemps : entre un nid de souris et une toile d’araignée, action principale de désincarcérer les vêtements d’été des tiroirs, armoires et autres penderies afin de remiser à la place les vêtements d’hiver en évitant de déranger la faune des lieux.
Exit les pulls ! Place aux cotons légers, aux teintes claires et vives.
Mais si vous croyez que le grand tri de printemps est une activité sans danger, qui ne prête à aucune désastreuse conséquence, c’est que votre innocence a pu être heureusement préservée par une totale inexpérience en la matière.
Quand vous vous attelez à un grand tri de printemps, il faut le savoir, vous devenez tout à coup votre propre ennemi. Après avoir retroussé vos manches dans l’intention résolue de vous séparer des vêtements que vous ne remettriez que sous la torture, vous vous retrouvez à contempler lesdits vêtements avec une larme à l’œil pour conclure de la même façon que les années précédentes : « Bah, je peux bien les conserver encore un peu, on verra l’année prochaine ! »
Cette année, je peux être fier de moi : j’ai réussi à me séparer d’un vieux pull foncé, ultime vestige de ma période vert bouteille (entre mes 18 et 25 ans). Rien que de vous l’écrire j’en ai des trémolos dans le clavier ! Enfin bon, il y a vraiment des couleurs à enterrer, en fermant le cercueil à double tour.
Je me sépare également de neuf pantalons. Des problèmes étranges de boutonnage sont survenus en chaîne au réessayage, appelant à ce jour une seule question : mais que sont donc devenues mes tablettes de chocolat ?
Le premier qui répond « du flan » est un lecteur mort !
Pire, je ne rentre plus dans la moindre layette. Plus moyen d’enfiler une grenouillère, et je ne vous parle pas de mes gigoteuses ! Quant à mes bons vieux bavoirs, ils me serrent terriblement le cou. Qu’en conclure ? Dois-je renoncer aux rillettes beurrées de 8 h, au couscous de 10 h et au sanglier de midi ?
De ces questions, je préfère me dire : « Bah, je peux bien attendre encore un peu pour répondre, on verra l’année prochaine ! »
Ce serait ballot de se précipiter à apporter des réponses qu’on aurait peut-être pas envie d’entendre, vous ne trouvez pas ?
Et puis neuf vieux pantalons trop serrés feront sûrement assez de tissus pour une ou deux barboteuses à ma taille en patchwork. Il y a toujours une solution !



Marie-Antoinette de Sofia Coppola
- Le 8 juin 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Les critiques ont encensé largement le Marie-Antoinette de Sofia Coppola, ce qui n’a rien pour étonner vraiment : le film ne nous renvoie-t-il pas le reflet fidèle de notre superficielle époque ? Devenue une sorte de Paris Hilton du macaron, réduite à une plate figure de l’adolescence, mue en jolie princesse de conte de fée au destin tragique, lissée, dépouillée, Marie-Antoinette y est proprement assassinée une seconde fois. Reste une « Barbie Versailles » apte à séduire les petites filles de tous les âges et les critiques à la culture légère.
Signant la vacuité du film, la bande son rock accolée aux images répercute l’incapacité récurrente de la réalisatrice à coller à son sujet, à le maintenir dans l’ancrage contextuel qui est le sien. Se borner pour ainsi dire à filmer des robes, des perruques, des fêtes et des services à thé demande il est vrai moins d’efforts que de chercher à saisir des complexités historiques pour en exploiter le ressort dramatique. Moins de talent aussi.
On se prend alors à rêver que Nina Companeez, à la place de Sofia Coppola, se soit emparée de Marie-Antoinette comme elle l’avait fait de Madame de Maintenon dans L’allée du roi, d’après l’ouvrage de Françoise Chandernagor. Le résultat en eût été infiniment plus intelligent, dense et enlevé que ne l’est cette mouture américaine inconsistante, sans saveur autre qu’esthétique.
Marie-Antoinette
De Sofia Coppola
Sur France 3
Dimanche 13 juin à 20 h 35


Bien au chaud, bien chez soi
- Le 7 mai 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Je me terre. Le retour de la fraîcheur me pousse au repli près du radiateur, m’hydratant au vin chaud. Je prends soin de moi sans lésiner : être bien hydraté est fondamental, tout le monde sait ça ! Cela me permet en outre de faire du sport tout en restant enfermé. En effet, une loi géométrique incontestable veut que la distance parcourue à pied d’un point A à un point B en titubant soit plus grande qu’en allant de ce point A à ce point B en ligne droite sous l’influence désastreuse d’une eau minérale quelconque.
Tout cela reste néanmoins très abstrait puisque je n’ai pas encore trouvé chez moi où étaient situés ces fichus points. Personne n’a pensé à mettre des croix au sol ce qui est très contrariant. Je reste donc assis, tant pis pour le sport, il attendra.
J’ai un autre motif de plainte que le retour du froid : le chat a disparu depuis une semaine, laissant vide et glacé le cœur grand que je lui ouvrais. Je deviens poétique, ne bougez pas, je reprends un peu de vin. Moi qui pensais offrir un service digne de celui d’un palace, me voici dédaigné, abandonné, délaissé, seul avec mes questionnements, mes doutes, mes remises en cause. Seul avec ma solitude. Notez bien qu’à ce stade du récit, si vous ne l’avez pas déjà fait plus haut, c’est l’occasion ou jamais de dégainer votre paquet de kleenex. Vous pouvez pleurer à chaudes larmes en me plaignant beaucoup. Cela ne fera pas revenir le chat, cela pourrait même me faire fuir, mais cramponné à mon vin chaud je n’irais pas bien loin de toute façon.
Marri de n’avoir ni point A ni point B, ni chat ronchon, ni soleil, ni chaleur donc, je contrebalance ma frustration par un état d’activité créatrice. Je sonde le grenier de mon imagination pour en extraire de la matière utile. Je rêve doucettement, me laisse aller aux ivresses chimériques. Cela aura donné cette semaine deux créations numériques dont une nouvelle Tête en l’air dans la veine de la première. Je vous les montrerai très bientôt, quand je serai certain de les avoir terminées. Bien qu’elles soient en théorie achevées. Mais sait-on jamais ?
Pour l’heure, je remonte dans mon grenier imaginaire. Les pieds légèrement décollés du sol, on y est bien. Il s’y trouve des chats, du soleil, des points A et des points B autant qu’on en veut.





















