Bien au chaud, bien chez soi
- Le 7 mai 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Je me terre. Le retour de la fraîcheur me pousse au repli près du radiateur, m’hydratant au vin chaud. Je prends soin de moi sans lésiner : être bien hydraté est fondamental, tout le monde sait ça ! Cela me permet en outre de faire du sport tout en restant enfermé. En effet, une loi géométrique incontestable veut que la distance parcourue à pied d’un point A à un point B en titubant soit plus grande qu’en allant de ce point A à ce point B en ligne droite sous l’influence désastreuse d’une eau minérale quelconque.
Tout cela reste néanmoins très abstrait puisque je n’ai pas encore trouvé chez moi où étaient situés ces fichus points. Personne n’a pensé à mettre des croix au sol ce qui est très contrariant. Je reste donc assis, tant pis pour le sport, il attendra.
J’ai un autre motif de plainte que le retour du froid : le chat a disparu depuis une semaine, laissant vide et glacé le cœur grand que je lui ouvrais. Je deviens poétique, ne bougez pas, je reprends un peu de vin. Moi qui pensais offrir un service digne de celui d’un palace, me voici dédaigné, abandonné, délaissé, seul avec mes questionnements, mes doutes, mes remises en cause. Seul avec ma solitude. Notez bien qu’à ce stade du récit, si vous ne l’avez pas déjà fait plus haut, c’est l’occasion ou jamais de dégainer votre paquet de kleenex. Vous pouvez pleurer à chaudes larmes en me plaignant beaucoup. Cela ne fera pas revenir le chat, cela pourrait même me faire fuir, mais cramponné à mon vin chaud je n’irais pas bien loin de toute façon.
Marri de n’avoir ni point A ni point B, ni chat ronchon, ni soleil, ni chaleur donc, je contrebalance ma frustration par un état d’activité créatrice. Je sonde le grenier de mon imagination pour en extraire de la matière utile. Je rêve doucettement, me laisse aller aux ivresses chimériques. Cela aura donné cette semaine deux créations numériques dont une nouvelle Tête en l’air dans la veine de la première. Je vous les montrerai très bientôt, quand je serai certain de les avoir terminées. Bien qu’elles soient en théorie achevées. Mais sait-on jamais ?
Pour l’heure, je remonte dans mon grenier imaginaire. Les pieds légèrement décollés du sol, on y est bien. Il s’y trouve des chats, du soleil, des points A et des points B autant qu’on en veut.
Hôte de marque
- Le 27 avril 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Il est arrivé il y a huit jours avec une patte apparemment blessée, maigre et en mauvais état. Et voilà huit jours que je suis à son service. J’essaie d’ailleurs d’acquérir le style et la diligence attachés à ma charge : je prononce « Le lait de Monsieur est avancé » ou bien « La pâtée que Monsieur a réclamée sera servie dans le salon d’été, comme Monsieur l’a souhaité » de la manière sobre, discrète et grave qui sied à mes nouvelles fonctions.
Voilà en tout cas un chat gâté qui ne boite plus et qui a repris de la vigueur. Je n’ai hélas pas encore pu m’aventurer à le caresser car il reste assez agressif et imprévisible (dû à une douleur ?). Lorsqu’il me fait des ronds de jambe, je suis encore, comment dire, légèrement crispé. S’il ne crachait pas en même temps avec un air pas aimable je pense que cela contribuerait à me détendre.
Pour le reste, il a l’air de trouver mon lit à son goût pour la sieste et mes offices d’une qualité acceptable, c’est bien là l’essentiel ! Ce ne sont probablement pas Rafaèle et Vigo qui me contrediront sur ce point !


Retour parmi vous
- Le 9 avril 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Je vous ai terriblement manqué, soit, mais ce n’est pas une raison pour m’arracher ma chemise en hurlant. Calmez-vous s’il vous plaît, je ne m’entends plus écrire !
Je tiens à ce que vous sachiez que je ne suis pas insensible à la douleur tenace qu’a causé notre séparation. J’éprouve une grande empathie pour le sentiment d’abandon que mon absence a généré. Mais je sais aussi que vous vous rongez les sangs en vous demandant fiévreusement dans quelles conditions j’ai bien pu moi-même traverser cette période. Eh bien je l’ai très bien vécue sans penser à vous le moins du monde, tout va bien donc, je vous rassure. Vous pouvez retrouver le sourire et effacer de votre visage ces vilaines rides d’inquiétude qui, soit dit en passant avec la tendresse et l’amitié qui ne peuvent me dispenser d’un devoir de franchise, vous vieillissent légèrement. Pas plus de dix ans néanmoins.
Évidemment, il est un peu exagéré de dire que je vous ai oubliés puisque j’ai remodelé entièrement Gris-bleu pour vous réserver l’accueil que vous méritez, sans vouloir apparaître ici flagorneur, bien que ce qualificatif soit plutôt justifié en l’occurrence. Je me suis donc consacré corps et âme à cette tâche en ne pensant en réalité qu’à vous, du matin au soir, travaillant avec une minutie maniaque à faire peur, surtout quand on croisait mon regard dans ces moments-là. A côté de moi, Bree Van de Kamp c’est de la gnognotte !
Permettez-moi maintenant de profiter de ce moment d’intimité entre nous pour vous remercier de votre infinie patience. A votre place j’aurais oublié Gris-bleu, l’aurais jeté aux orties ou noyé dans le lavabo. Ce qui me fait dire que je ne suis pas à votre place et qu’il vaut mieux dans ces conditions qu’il en soit ainsi.
Car oui, amis lecteurs, fiables compagnons, visiteurs loyaux, fidèles au poste toujours vous êtes. J’en veux pour preuve ces centaines de lettres, au nombre de deux, si pleines de ferveur et d’amour que j’ai reçues de vous ces dernières semaines, auxquelles je souhaite répondre ici.
Il y a d’abord le courrier de Raymonde B. qui m’écrit de Loire Atlantique :
Cher Philippe,
Votre site irradie la joie et le bonheur de vivre, vous scintillez comme une étoile au firmament de l’élégance, vous trônez au sommet de l’Olympe avec une majesté qu’aucun dieu ne pourra jamais atteindre même en prenant des cours.
Chère Raymonde,
Je crains que vous n’ayez de moi une idée très surfaite. L’Olympe n’est pas ce qu’on croit, c’est le bagne. On y passe son temps allongé sur de moelleux nuages à boire de subtils breuvages dans un calme absolu. Il n’y a pas une boutique, pas un ciné. Certains dieux se tapent une belote de temps en temps mais je n’en comprends toujours pas les règles. Bref, je m’y ennuie à mourir. Et puis moi les hauteurs, étant sujet au vertige… Je dois me cramponner c’est affreux. Il faut voir la vérité en face Raymonde, ce que vous prenez pour de la joie de vivre n’est que mon sourire crispé !
Il y a ensuite la lettre très touchante de Maria R. qui m’écrit de Lisbonne :
Philippe,
Tous les yours yé chors ma chienné Carla et yé mé connecte aprés à Gris-bleuch qué mé pléch beaucoup. Yé chuis une grande brune dé 1 m 50 chélibataire et yé vis dans oune chuperbe loft de 22 m carrés. Yé veux me mariech avec toich et qué tu viennes vivre avec moich.
Maria,
Pour les demandes en mariach, il faut s’adresser à ma secrétaire Athéna, au 1 rue de l’Ambroisie, 25407 Mont Olympe cedex 21. Athéna s’occupe admirablement bien de mes affaires courantes. Nul doute que votre candidature sera examinée avec le plus grand soin avant d’être jetée à la corbeille et que vous ne receviez une réponse négative dans les délais les plus brefs.
Dans un autre registre, à ma grande surprise, un lecteur m’a écrit du Caire un mot bref que je trouve tout à fait désobligeant. Il s’agit d’Akhanon T. Voyez plutôt :
Cher Philippe,
![]()
Me dire cela, à moi ! Je ne peux pas laisser passer ça ! Je tiens d’ailleurs à lui répondre, comme à Raymonde et à Maria, aux yeux de tous :
Cher Akhanon,*
![]()
Ah-ah, bien envoyé, non ? Une réplique ferme et sans appel. Non mais oh !
_______
* Jeu de mots potache, sans relation aucune avec le contexte, destiné à égayer le lecteur pour le récompenser d’être parvenu au bout de cette longue et néanmoins revigorante lecture. Après avoir hésité, l’auteur a heureusement écarté « Cher Apaté » et « Cher Asosix » qui lui sont apparus après réflexion comme encore plus navrants.
Cure de kumquats
- Le 16 février 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Ce week-end, j’ai testé les kumquats.
Ce petit agrume exotique qui se mange avec la peau a l’air inoffensif, mais seulement l’air. Avec son goût acidulé, vos papilles réveillées manu militari se mettent aussitôt à danser la samba. C’est carnaval à tous les étages et vous voilà plein de peps.
Du coup, je me suis mis en tête d’acheter un kumquat en pot, m’imaginant en kumquaticulteur heureux, récoltant des paniers entiers de ces petits fruits orangés. Le fleuriste du coin en proposait mais j’ai douté d’un seul coup de jamais obtenir à Paris, sans serre à disposition, la production de mes rêves. Je me suis donc abstenu.
Le kumquat ne manque pourtant pas d’atouts. Il est moins fragile que les autres agrumes et on peut le voir déjà fructifier sur de jeunes pieds ce qui est plutôt bon signe : pas besoin d’attendre cinquante ans avant que le kumquat génère !
Au Palais Royal
- Le 24 janvier 2010
- Par Philippe
- dans Humour-humeur, Paris sous mes pas
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Il faut de nouveau fermer les yeux en entrant au Palais Royal : les travaux de restauration des colonnes de Buren sont terminés. Remplissant l’espace autour des colonnes, un goudron noir et grossier achève la disgrâce de la cour d’honneur. Une hideur parfaite, totalitaire, certes pas nouvelle, mais requinquée.
Souvenons-nous : Daniel Buren, tel un enfant à qui l’on retire la tétine un peu brutalement, avait fait une grosse colère en 2007. Il était scandaleux que les pouvoirs publics laissent péricliter son œuvre ! Que cette dernière subisse les outrages du temps, ça non, Buren n’en pouvait plus décolérer du haut de son « droit moral » sur son œuvre, moulinant rageusement l’air de ses petits poings serrés. Il ne vitupérait pourtant pas d’un berceau. Mais la vieillesse infantile, pas plus que l’enfance, ne tolère d’affront à sa toute puissance. Ainsi glapissait Buren, s’imaginant gagner l’immortalité à travers une œuvre pérenne et dûment restaurée. Foire aux vanités, quand tu nous tiens ! Car nest-ce pas de cela dont il s’agit ?
Les glapissements courroucés et autres menaces de procès avaient en tout cas fini par être entendus de Christine Albanel, alors ministre de la culture, qui avait assuré dès la fin de 2007 qu’un plan de restauration serait lancé.
Il l’a bien été.
Pas assez loin hélas.
Pendant ce temps, autour des colonnes et du jardin , les galeries encrassées et en mauvais état nécessiteraient un entretien qui leur fait visiblement défaut. De Lermercier à Contant d’Ivry, les bâtisseurs du Palais Royal ne sont plus là pour s’indigner, s’agiter, dénoncer, menacer. C’est ballot.
Mais à notre tour ne soyons pas mesquins et réjouissons-nous après tout pour Buren : il a retrouvé sa tétine !


Cuvée 2009
- Le 28 décembre 2009
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Noël 2009, une cuvée familiale qui a su tenir ses promesses, hic ! Charpenté, corsé, ample en bouche, tout en nuances de fruits rouges, hic ! avec des arômes dominants de framboise… Bref, un Noël charmeur, puissant et subtil à la fois, qui s’est très bien laissé boire !



Bouche bée
- Le 17 décembre 2009
- Par Philippe
- dans Humour-humeur
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Vous avez été très nombreux à ne rien me dire, à ne rien manifester. Mais comment vous en vouloir alors que je sais si bien ce qui arrive ? Car il n’y a qu’une seule hypothèse qui tienne la route pour expliquer ce silence : vous êtes restés tout simplement bouche bée, interdits, éblouis à sa vue !
A la contempler, je reste également saisi d’une vive émotion. Elle est si…et en même temps tellement…Ah, les mots me manquent, c’est terrible ! J’ai mobilisé pour la réaliser toutes mes capacités de concentration, qui excèdent rarement celles d’un poisson rouge. J’y ai mis de l’amour, du temps, de l’exigence, de la patience. Il fallait qu’elle se sente belle pour vous accueillir au mieux, avec douceur, avec chaleur, en ces temps d’obscur frimas.
Malheureusement, tout cela peut comporter des effets secondaires douloureux auxquels je n’avais pas pensé en amont. D’où mon présent billet qui vaut bulletin d’alerte : à rester en effet bouche bée devant ma nouvelle bannière, en station prolongée, vous risquez des crampes ! Il faut vous ressaisir absolument avant qu’il ne soit trop tard, soit en regardant ailleurs (la neige par la fenêtre par exemple), soit en vous éloignant de l’écran.





















