Gris-bleu prend ses quartiers de fin d'hiver et se met en sommeil. Il sera réveillé en avril. A très bientôt !
J'entendais dernièrement une femme d'esprit, au cours d'une réprésentation de Don Juan, dire des personnages de Mozart, cette chose si juste : "Il vont très vite, mais s'ils voulaient, ils pourraient aller lentement." Soyons comme eux, maîtres de régler notre allure. Il faut être rapide, mais à condition de porter en soi un contrepoids. Pourquoi, si impatients de toute autorité, accepter sans examen la dernière en date des tyrannies ? Formulons une loi nouvelle de résistance à la vitesse. Pas d'autre pente que notre volonté. "Vérification de l'équilibre par le mouvement " écrit Claudel. La possession des richesses ne désorganise pas l'homme qui sait conserver le sentiment de leur néant.
Paul Morand, Éloge du repos, 1937

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Eloge de l’oiseau de Henri Brunel

Par Philippe

Henri_Brunel

C’est un tel plaisir d’avoir des oiseaux près de moi, de mon bureau où je passe beaucoup de temps, qu’il me semble que je ne pourrais pas m’en passer. La mésange, le moineau, le rouge-gorge, le merle, la pie ou le rouge-queue donnent un ballet vif, une ronde gracieuse, dont l’occurrence familière n’amoindrit en rien le plaisant spectacle. Sa contemplation est une invite à la pause, à l’arrêt, à l’attention, au recul. J’allège mon esprit alourdi, mon corps sédentaire, en prenant ma volubile leçon de virevoltes et de légèreté.

Comme j’ai aimé prolonger cette leçon avec Henri Brunel ! Son Éloge de l’oiseau lui consacre le plus bel hommage qui soit. Des grives aux hulottes, des gypaètes aux chardonnerets, nous aurions bien des enseignements à tirer de leur observation avertie, à l’encontre de nos activités destructrices, de nos esprits étroits, de l’irréfléchie frénésie dans laquelle nous nous noyons. Henri Brunel raconte ainsi les oiseaux avec gaieté, sérieux, humour, élégance toujours, et une once de  nostalgie. Évoquant sa plume, celle de l’écrivain, il dit :

Je sens parfois des coins d’amertume qui percent comme des étocs, de-ci de-là, ma gaieté. Je n’ai plus en gorge le cri flûté de la sittelle, la vivacité de l’alouette, l’insolence du cincle. J’appuie, j’écrase ma phrase, je perds, avec les derniers restes de jeunesse, je perds la chanson d’été.

La chanson d’automne a pourtant peu à envier à la chanson d’été. Elle se patine de sagesse, gagne en profondeur, et fait entendre le clair son d’un art de vivre où la douceur, la simplicité, la fidélité à soi et le souvenir, font encore sens.

Henri Brunel
Éloge de l’oiseau
Arléa Poche
112 pages

Trois hommes dans un bateau, de Jerome Klapka Jerome

Par Philippe

Les trois amis, George, Harris, et le narrateur du récit, sont parfaitement d’accord. Ils ont bien compris que leur état de faiblesse était la triste conséquence d’un surmenage et que l’élimination complète de tout souci était le seul remède possible. Le narrateur particulièrement, avec une courageuse lucidité, a fait le diagnostic précis de la maladie dont il se sait atteint depuis longtemps, soit “une complète aversion pour tout genre de travail“. Il est admis à l’unisson qu’un changement d’air est absolument nécessaire, autant qu’une saine activité physique. Quoi de mieux dans ce cas qu’une revigorante excursion sur la Tamise en canot, pendant deux semaines, à admirer des paysages champêtres et à visiter de charmants villages ?

Décision prise, les trois célibataires amorcent aussitôt les préparatifs de l’aventure à laquelle Montmorency,  le compagnon fox-terrier indomptable et batailleur, ne manquera pas d’être associé.

La réalité se pliant rarement au rêve, l’élimination des soucis ne va pas exactement être au rendez-vous. Ramer à contre-courant, affronter la pluie ou rechercher désespérément une auberge quand l’estomac crie famine n’étaient pas à proprement parlé les doux plaisirs escomptés. Aidée par la gaucherie de l’équipage, alternant avec sa désinvolture ou sa mauvaise volonté, l’excursion se mue comme on s’y attend en comique épopée. Le canot devient galère.

A sa parution, en 1889, Trois hommes dans un bateau eut un succès très important. Il lui vaut aujourd’hui de survivre davantage dans les mémoires que dans les librairies, hélas. Pourtant, quel bijou que ce livre ! On s’y amuse de bout en bout. Le récit est drôle et joyeux à la fois, avec ce qu’il faut pour cela d’exagération, d’auto-dérision et d’absurdité.

La recette de l’Irish Stew concoctée par les trois héros vers la fin de l’aventure, avec l’aide du chien, vaudrait à elle seule de dénicher l’ouvrage. Comme l’assure le narrateur : “C’est l’avantage de l’Irish Stew, qu’il vous débarrasse d’un tas de choses.” Comme c’est l’avantage de Trois hommes dans un bateau, qu’il vous débarrasse de tout nuage, le temps d’une lecture enjouée et d’une entraînante promenade au fil de l’eau.

Jerome_Klapka_JeromeJerome Klapka Jerome

Jerome K. Jerome
Trois hommes dans un bateau
Garnier-Flammarion
(D’autres ouvrages de l’auteur sont édités chez Arléa)

Pour aller plus loin :
- Académie de Strasbourg (Biographie)
- The Jerome K. Jerome Society

L’île aux trente cercueils de Maurice Leblanc

Par Philippe

C’est en lisant la mention que Rafaèle en faisait  il y a peu de temps encore dans la colonne de son blog, que je me suis posé la question : comment donc avais-je pu négliger, ignorer, oublier de lire L’île aux trente cercueils de Maurice Leblanc ? Voilà ce que c’est, on naît, on grandit, on vit, on aime, on travaille, on s’active et, trop occupé de ces vaines futilités, on en oublie L’île aux trente cercueils !

Sans plus tarder je me suis donc glissé, le cœur battant, aux côtés de l’héroïne du roman, la vaillante Véronique d’Hergemont, pour la suivre au plus près dans ses terribles aventures. Certains d’entre vous aurons peut-être le souvenir, comme je l’ai moi-même, du visage de Véronique d’Hergemont, sous les traits de Claude Jade, qui en interprétait le rôle dans l’adaptation télévisée réalisée par Marcel Cravenne, diffusée en 1979. Aussi savais-je peu ou prou à quoi je m’exposais en suivant notre héroïne. Car Véronique, qui a passé quatorze ans à oublier son mariage avec le cruel comte Alexis Vorski et à affronter le deuil affreux de son père et de son fils François qui ont péri en mer, est soudain remise sur les traces de son passé par de mystérieux indices. Intriguée, elle est guidée progressivement jusqu’en Bretagne, près de l’île de Sarek, autrement baptisée île aux trente cercueils en raison des trente dangereux écueils qui la ceignent.

Au creux d’une étroite baie, sur la côte, Véronique tombe sur la femme qui ravitaille périodiquement les habitants de l’île en canot. Quel miraculeux hasard ! c’est de la bouche même de cette bretonne avec qui elle lie conversation, qu’elle apprend, défaillante d’émotions, que son enfant, ainsi que son père, sont en réalité vivants et établis à Sarek. C’est ainsi qu’elle embarque vers l’île austère et sauvage, bientôt théâtre de faits sanglants qui sembleront répondre à l’accomplissement d’une ancienne prophétie. Celle-ci annonce des deuils et des crimes, trente victimes pour les trente cercueils et quatre femmes en croix. Véronique aura-t-elle le temps de revoir son père ? Le fils qu’elle retrouvera, en proie apparemment à un accès de folie, est-il vraiment son fils ? Quels sont ces terribles dessins qui semblent désigner Véronique parmi les quatre futures crucifiées ? Et quelle est donc cette Pierre-Dieu qui donne vie ou mort, et qui paraît être au cœur de tout le mystère ?

Si vous aimez les légendes, les dolmens, les prédictions, les menhirs, les druides, les souterrains et les crucifixions, c’est avec Véronique d’Hergemont qu’il faut embarquer, et c’est vers Sarek qu’il faut voguer. Aucun risque de vous ennuyer.

Moi-même qui suis grand prophète à l’occasion, je prédis que vous en frémirez d’horreur et de plaisir. Je prédis aussi que vous serez heureusement soulagés à la fin par l’arrivée pleine de panache et d’humour d’Arsène Lupin qui, en expliquant tout, y compris le plus surnaturel en apparence, fourbira contre les ténèbres des superstitions et les dangereuses croyances, l’écho tout voltairien des bienfaits de la raison.

Maurice Leblanc
L’île aux trente cercueils
Le livre de poche
284 pages

Brooklyn follies de Paul Auster

Par Philippe

brooklyn-folies

Je n’aurais pas dû me moquer du H1N1. Il faut savoir que dans la famille des virus personne n’a de l’humour. C’est un clan bourru où chacun est solidaire de l’autre à la vie, à la mort. Un vague cousin du H1N1 m’a donc sauté dessus sans sommation pour ourdir sa lente, patiente et déterminée vengeance : fièvre, toux, fatigue, mal de gorge, courbatures, rien ne m’aura été épargné.

Si vous m’aviez vu me traînasser avec mon bonnet de nuit et mes vieilles pantoufles, vous ne m’auriez pas reconnu. Vous auriez reconnu le bonnet, les pantoufles, mais moi non. C’est qu’à force de boire du rhum avec de l’eau, du miel et du citron, j’avais une vraie tête de grogué !

Alors j’ai profité d’être cloué au lit pour suivre Nathan Glass à Brooklyn. Cette incitation de lecture lue sur le blog de Léna, avec son aura parfumée de cake aux carottes, me semblait prometteuse et plutôt bien adaptée à mon repli prolongé sous la couette. Nathan glass, donc, narrateur des Brooklyn follies de Paul Auster, la soixantaine fatiguée par un cancer en rémission, un divorce et une vie de labeur bien remplie, s’installe à Brooklyn pour y finir sa vie paisiblement et y écrire un livre d’anecdotes. Mais ce chemin sera quelque peu bousculé par sa rencontre inattendue avec son neveu Tom, perdu de vue depuis plusieurs années. L’oncle et le neveu vont réapprendre à se connaître et se lieront d’amitié avec le patron de la librairie où travaille Tom. Ces liens construits ou reconstruits au fil des jours, entre bons petits plats et verres de vins, vont faire renaître en chacun l’envie d’une vie meilleure. Et si cet “hôtel Existence”, ce lieu imaginaire d’une vie éloignée le plus possible des soucis et du tumulte du monde, prenait corps réellement ?

Sans en dévoiler davantage, l’histoire se terminera très bien. Chacun trouvera l’amour, les soucis d’argent auront disparu, les griefs familiaux seront dissipés, l’harmonie règnera et les naissances s’apprêteront à fleurir. Une issue fleur bleue pour un livre-fable. Une histoire hautement morale, au fond, constituant son plus patent défaut : le seul personnage escroc et néanmoins sympathique du livre sera bien sûr frappé de mort foudroyante, payant dette de ses égarements malhonnêtes, tandis que les bonnes intentions de Nathan Glass semblent l’éloigner définitivement de son cancer. Quant à la parabole finale, elle est on ne peut plus limpide, et simpliste : la voie du bonheur ne se trouve pas dans l’éloignement du chaos du monde mais bien dans l’amour qui panse les plaies du passé et qui pardonne. Le bonheur ferait son meilleur nid dans la famille unie, réunie, aimante et tolérante.

Après des débuts plutôt poussifs et tièdes, au point que je me demande un peu avant la centième page si j’allais ou non en poursuivre la lecture, je me suis néanmoins progressivement attaché à ces personnages tentant de surmonter leurs fêlures, retrouvant peu à peu le goût des autres et l’espoir de jours meilleurs. Être soi-même sous la couette, à l’agonie, luttant pour sa propre survie, rêvant à des cieux sans nuages, sans toux, sans sirops ni thermomètres, cela prédispose sans aucun doute sérieusement à faire ami-ami avec un roman optimiste. Car même si Paul Auster n’est pas le boute-en-train de la littérature américaine, il n’en est pas non plus le pôle austère. Conserver le sourire auprès de personnages chaleureux, c’est juste très agréable. Et pardonnable, morale de ma fable à moi.

Chambres d’hôtes en amoureux, de Marie-Dominique Perrin

Par Philippe

La toute dernière sélection de chambres d’hôtes de Marie-Dominique Perrin qui vient de paraître chez Hachette a échu dans ma boîte aux lettres. A l’approche de la Saint Valentin, c’est bien sûr aux amoureux qu’il s’adresse. Rien n’interdit d’être seul néanmoins. Un ego démesuré doublé d’un narcissisme à toute épreuve peut heureusement permettre d’être amoureux de soi-même au point de mériter amplement un week-end en chambre d’hôtes.

Si vous êtes amoureux à deux, avec ou sans ego démesuré, mais avec plein d’enfants (la meute commençant à deux), je ne vous cacherai pas que vous allez au devant de quelques difficultés logistiques. Parce que si tout le monde part en amoureux à la Saint Valentruc, il n’y aura personne pour garder l’aimable progéniture. Il ne vous restera plus qu’à abandonner la meute sur une aire d’autoroute. Projet contre lequel je m’érige évidemment de toutes mes forces. Comment pourrait-on faire une telle chose ? En effet, les enfants seraient retrouvés tout de suite et vous n’auriez même pas le temps d’arriver à la maison d’hôtes, main dans la main et regard transi, que la gendarmerie vous les aurait déjà rapportés.

Reste l’abandon à l’entrée d’une église. C’est plutôt passé de mode, pas vraiment “in”, mais efficace si l’église est désaffectée. Week-end tranquille garanti. La solution peut s’avérer toutefois ardue si vos enfants ont plus de sept ou huit ans : difficile de les faire rentrer dans un couffin, même avec un chausse-pied. Dans pareil cas, ne désarmez pas, avec de la volonté on arrive à tout. Puis, dans  l’un des couffins, laissez un petit mot avec une fausse adresse. Et profitez enfin d’un repos enchanteur. Enchanteur de variétés ou enchanteur de rock, peu importe, laissez-vous emporter par le calme retrouvé et par vos sentiments d’amour, comme au jour de votre coup de foudre quand vous couriez l’un vers l’autre au ralenti sur la plage, chabadabada, chabadabada.

Mais revenons au guide qui nous occupe : plutôt petit, maniable, bien écrit, il propose un choix de chambres d’hôtes très varié. Il y en a pour tous les goûts, et même, pour tous les goûts ! Le guide propose au début une carte de France permettant de situer les maisons sélectionnées et de réviser du même coup sa géographie.  Pas bête. On trouvera par ailleurs à la fin un index par prix, pratique également. On aurait pu souhaiter davantage de photos, mais la plupart des chambres présentées ayant un site internet complet, il suffit de quelques clics de souris pour élargir un peu leur présentation.

Personnellement, c’est le genre de guide qui pourrait sans doute me donner des envies d’escapades. Oui, sans doute, si j’aimais dormir dans d’autres lits que les miens. Seulement voilà, je veux MES acariens ! Eux et moi sommes comme les doigts d’une main : inséparables ! Une très fidèle amitié me lie notamment à deux d’entre eux, Clodomir et Frédégonde, de sympathiques acariens comme on a rarement la chance d’en rencontrer. Le soir, nous faisons toujours un brin de causette sur un coin d’oreiller, parlons de tout, de rien, nous racontons notre journée ou refaisons le monde, et franchement je ne vois pas comment je pourrais m’en passer. J’ai bien essayé de leur parler voyage, week-end ailleurs avec moi, mais la sanction de leur regard désapprobateur ne s’est pas fait attendre. Et le regard désapprobateur des acariens, c’est quelque chose ! Surtout quand ils froncent leurs cinq sourcils en même temps.

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Chambres d’hôtes en amoureux
(Plus de 100 maisons d’hôtes et petits hôtels dans toute la France)
de Marie-Dominique Perrin
190 pages
chez Hachette

Fumiers et Cie de Tom Sharpe

Par Philippe

Voici un roman que même l’éditeur ne s’est pas avisé de résumer. Je ne m’y essaierai pas non plus. Lire Fumiers et Cie c’est se laisser emporter aux côtés de personnages qui n’ont pas eux-mêmes le temps de comprendre ce qui leur arrive, dans un enchaînement de situations mené au pas de charge et en crescendo vers une fin explosive. Le roman débute à peu près paisiblement avec le jeune Tymothy Bright qui réussit dans la finance avant de connaître une faillite vertigineuse. Un soir, drogué à l’extrait de crapaud à l’initiative d’un cousin pas très bien intentionné, Timothy s’enfoncera dans la nuit à 300 à l’heure sur sa moto, pour finir par entrer, au bout de son escapade et sans s’en rendre compte, dans une maison au hasard et de s’y endormir. S’ensuivra de cet endormissement une longue série de quiproquos et de situations plus rocambolesques les unes que les autres.

L’humour est assassin, comme j’aime, et surtout très drôle. Et la plume cassante de Tom Sharpe ne s’encombre pas de limites, surtout lorsqu’il s’agit d’épingler la bêtise ou la veulerie, de brocarder l’argent facile, la corruption et les exploiteurs de tous bords.

http://www.fleitour.com/LectureYann/Fichiers%20originaux/LectureYann004-TomSharpe-FumiersEtCie.jpg

Le fer blanc

Par Philippe

Anciens brocanteurs aujourd’hui à la retraite, Josette et Hubert Goubard font partager leur savoir dans un livre, Le fer blanc, l’orfèvrerie du pauvre. L’ouvrage introduit le métier de ferblantier puis présente les objets en fer blanc par thèmes : éclairage, jouets d’enfants, pâtisserie, boîtes etc.

Plus de mille photos sont ainsi consacrées à ces objets d’avant-guerre que l’on trouve parfois sur les brocantes mais que l’on ne connaît pas toujours bien. Avec ses 315 pages, c’est le livre le plus complet sur les objets en fer blanc paru à ce jour. Un témoignage intéressant qui ne devrait pas déplaire aux chineurs…

Témoignage d’une époque

Le fer blanc, l’orfèvrerie du pauvre
Auteurs : Josette et Hubert Goubard
Editeur : Cheminements
Collection : Les inestimables
Parution : oct. 2007

Avril enchanté d’Elisabeth von Arnim

Par Philippe

Je viens d’achever la lecture très réjouissante d’Avril enchanté d’Elisabeth von Arnim. Je dois cette découverte au blog de Fine Bessot qui faisait il y a peu l’éloge de l’adaptation cinématographique du roman.

Deux anglaises, se parlant pour la première fois dans le club féminin qu’elles fréquentent, décident de répondre à une petite annonce proposant un château à louer en Italie au mois d’avril. En secret de leurs maris, elles sacrifient leurs économies à cet extravagant projet et trouvent deux autres comparses pour partager les frais du séjour. Quatre femmes de milieux différents que rien ne prédisposait à se rencontrer, et qu’absolument rien ne prédispose à la compréhension mutuelle, vont ainsi se retrouver ensemble en villégiature : Mrs Wilkins, femme dévouée d’un modeste avocat, menant une petite vie bourgeoise terne et ennuyeuse, Mrs Arbuthnot, femme austère et dévote, délaissée depuis longtemps par un mari écrivain qu’elle aime toujours, lady Caroline Dester, jeune aristocrate désinvolte à la beauté ravageuse, perpétuellement en proie à l’accablant désir d’autrui, et Mrs Fischer, femme âgée et sévère, issue d’une bourgeoisie éclairée.

Une cohabitation improbable qui va donner lieu à d’incessantes incompréhensions, occasions d’une savoureuse drôlerie, sur un rythme de plus en plus soutenu à mesure que l’histoire avance. D’autant que le merveilleux château qui les abrite va recevoir de nouveaux visiteurs. La magie des lieux, alliée à l’exaltation communicative de Mrs Wilkins, va progressivement conduire chacun sur le terrain de ses véritables désirs, opérant des bouleversements intérieurs pour le moins inattendus.

A mi-chemin entre Jane Austen et Pelham Grenville Wodehouse, on retrouve dans Avril enchanté un humour subtil et décapant qui fait mouche à chaque page. Une lecture enthousiasmante pour qui aime le curare et la bonne humeur.

Livres : ma sélection de Noël

Par Philippe

darauxEn passant par la demeure de Jean-Loup Daraux.
Préface de Jean-Michel Wilmotte. Photos de Mario Campi, aquarelles de Pascal Cessou, Edition Verba Volant, 265 pages, 75 Euros environ.

J’ai feuilleté ce livre à plusieurs reprises en librairie avec envie. C’est sans conteste le plus bel ouvrage de décoration paru ces derniers temps. Beau en soi, avec son papier épais et ses effets de transparence, il nous dévoile la propre maison de Jean-loup Daraux, en Provence. Les photos sont magnifiques, les décors sont enchanteurs, raffinés, doux et accueillants. Une invitation à un beau rêve. Jean-Loup Daraux, architecte d’intérieur, dirige la ligne de mobilier et d’objets de décoration Mis en demeure, présente dans les grands magasins parisiens et dans une très belle boutique, rue du Cherche-midi à Paris.

chabaneixL’art de vivre à travers le monde de Sratfford Cliff et Gilles de Chabaneix, Edition de la Martinère, 480 pages, 45 Euros environ.

Voilà ce qui s’appelle une somme : plus de 1000 photos pour un tour du monde de l’habitat rendu dans toute sa variété. De l’Asie à l’Europe, en passant par l’Amérique latine ou l’Afrique, de l’ancien au contemporain, du sophistiqué au plus simple, tous les décors photographiés ici ont une âme. Un livre dense qui sera une source d’inspiration utile et ravira tous les passionnés de décoration et de voyage.