Paris pour les hommes, de Thierry Richard
- Le 19 décembre 2011
- Par Philippe
- dans Lectures
9
Le goût de Thierry Richard pour les bonnes et belles choses est communicatif, ses appétits littéraire et gastronomique ont en phrases le verbe arrondi, l’adjectif caressant et juste. Il faut lire ses Chroniques pour arrêter le galop du temps. Elles tiennent sans faillir leurs promesses de plaisir. On campe un décor, ici une lumière, là une assiette ou un livre. L’ombre d’Épicure glisse doucement à votre oreille le don et la manière de conjuguer le bonheur en partage.
Ce qu’il fait avec talent sur son blog, Thierry Richard le prolonge depuis peu aux éditions du Chêne grâce à son Paris pour les hommes, un livre pour voyager le nez au vent d’un Paris aimé, au gré de ses adresses favorites et des menues occasions qui nous sont offertes de ponctuer d’évasion nos journées bousculées. On ouvre les yeux, on ralentit le mouvement, à peine, que déjà le plaisir buissonnier montre son chemin : la course des nuages, Paris qui s’abandonne à la nuit, une silhouette qui passe, un parfum, un dimanche entre amis… L’art des chemins de traverse, en somme, qui fait la vie plus belle.
_______________
Thierry Richard
Paris pour les hommes
Éd. du Chêne
2011
156 pages
Illustrations : Aseyn
Photographies : Juliette Ranck
Pages en tête – Chronique livres en vidéo
- Le 27 mai 2011
- Par Philippe
- dans Lectures
48
J’avais déjà évoqué mon envie de faire de la vidéo pour le blog il y a environ trois ans, ça ne nous rajeunit pas. Je me jette enfin à l’eau, en restant au sec, pour vous parler de quelques livres lus dernièrement. Le résultat n’est pas parfait, tant s’en faut, mais il est spontané.
C’est sans doute un rendez-vous que nous pourrions renouveler de temps en temps. J’ai pris en tout cas beaucoup de plaisir à le faire.
Références des ouvrages cités :
Robert Benchley, Les enfants, pourquoi faire ? éd. Wombat, coll. Les Insensés, 2010, 121 pages.
Alicia Drake, Beautiful people, Folio, 2010, 595 pages.
Edith Wharton, Les boucanières, éd. Points, 2010, 511 pages.
Edith Wharton, Libre et légère, J’ai lu, 2006, 187 pages.
Sidney Joseph Perelman, Tous à l’ouest, éd. Dilettante, 2009, 253 pages.
Vercors, Frisemouche fait de l’auto, éd Portaparole, 2011, 135 pages. Livre illustré avec pages à colorier à la fin.

Zuleika Dobson, de Max Beerbohm
- Le 27 février 2011
- Par Philippe
- dans Lectures
11
Prestidigitatrice connue de son état, Zuleika Dobson possède une beauté et un charme irrésistibles, à telle enseigne que tous les hommes tombent irrémédiablement amoureux d’elle à sa vue. Sa visite à son grand-père, recteur de l’un des collèges d’Oxford, fera chavirer les cœurs et souffler un vent de déraison généralisée parmi les étudiants. D’autant que la belle Zuleika bouillonne elle aussi de céder aux abandons de l’amour, ce que son incapacité à aimer quand elle se sait aimée ne lui a pas permis jusqu’alors.
Lorsqu’elle rencontre le duc de Dorset le soir même de son arrivée, celui-ci paraissant ne rien remarquer de sa beauté ni être sensible à son charme, elle en tombe aussitôt amoureuse. Incarnation paroxystique du dandy, trop occupé à nourrir un sentiment d’amour tourné vers soi, le duc de Dorset a tout en effet pour séduire Zuleika : « [...] chez lui le sentiment dandiesque s’était jusque-là manifesté dans toute son ampleur, sans nuance aucune, et sans accident. Il était trop pénétré de sa propre perfection pour songer même à admirer quelque autre personne. À la différence de Zuleika, il ne voyait pas dans sa garde-robe et sa table de toilette les instruments propres à renforcer l’admiration d’autrui, mais les moyens d’intensifier le rituel fait pour exprimer et vivifier sa propre idolâtrie. »
La froideur narcissique du duc ne tardera pourtant pas céder du terrain à un sentiment d’amour insolite qu’il tentera de repousser en pure perte. C’en sera fait de lui comme des autres, éperdu d’amour à son tour, situation qui précipite Zuleika dans une indifférence dégoutée et le duc dans le projet fou de se donner la mort pour elle, haut et noble exemple que les autres étudiants voudront reprendre à leur compte.
Dans ce roman initialement paru en 1911, Max Beerbohm s’en est donné à cœur joie sur le thème amoureux du « fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis » en lui donnant une déclinaison imprégnée d’humour et d’extravagance. L’auteur s’arroge pour ce faire toutes les libertés, prenant la parole dans son récit, faisant apparaître ici ou là des fantômes, sondant les pensées des statues, ou remettant le destin de tel personnage (pour ne pas vous en dire plus) dans les mains des dieux, amusante métaphore de la toute puissance du romancier.
Nous devons cette « curieuse publication » comme il est dit en troisième de couverture à la sympathique maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture qui consacre en partie son activité à faire renaître des pépites oubliées sous la forme d’objets très soignés, de fort belle qualité : papier souple et épais, effets de relief et de brillance, illustrations etc. Zuleika Dobson en est un magnifique exemple. Cela n’en rend que plus dommageable les nombreuses fautes (erreurs orthographiques, typographiques…) qui jonchent le texte. Lorsque vous lisez pour la énième fois « le Duc », « le Recteur » et « évènement » pour ne citer que cela, ne pas se laisser gagner par un profond désespoir tient de l’héroïsme. Rendons justice à Max Beerbohm qui n’y est pour rien : son texte vaut d’être lu pour son originalité, sa finesse et sa très réjouissante fantaisie.
__________
Max Beerbohm, Zuleika Dobson, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 2010, 352 pages. Illustrations de George Him.
Bonbons assortis, de Michel Tremblay
- Le 3 octobre 2010
- Par Philippe
- dans Lectures
22

Caché sous la table en noyer de la salle à manger, le petit Michel Tremblay observe, écoute. L’appartement de la rue Favre à Montréal est un cœur qui bat fort, où tout excepté l’ennui peut arriver. Vivre ensemble à dix dans sept pièces n’est forcément pas de tout repos. Le quotidien s’égrène au rythme des rires et des soucis, des conversations interminables et des chicanes qui surviennent pour tout, pour rien. Et si l’argent manque toujours un peu, l’amour, lui, déborde.
Des années après son remarquable et émouvant Un ange cornu avec des ailes de tôle (et Les vues animées, son pendant), l’auteur repart sur les chemins de son enfance au fil de huit récits d’apprentissage qui se dégustent d’une traite. Comme toujours, Michel Tremblay se révèle extrêmement habile à faire de son écriture un magistral instrument de séduction. C’est drôle, tendre, sensible et intelligent. Le sel de ces récits tient en somme à leur sucre. Mais soyez tranquillisés : avec ces bonbons-ci, ne vous guette qu’une hyperglycémie de plaisir sans gravité aucune.
__________
Bonbons assortis
Michel Tremblay
Actes Sud – Col. Babel
153 pages
Les déferlantes de Claudie Gallay
- Le 13 août 2010
- Par Philippe
- dans Lectures
39
Il y a la Hague, son austérité. Il y a la mer, sa cruauté, sa beauté. La mer qui prend la vie, qui emporte les morts. Il y a le vent, les cris des oiseaux. Il y a Lili dans son bistrot, avec sa mère sénile. Il y a Raphaël le sculpteur, Morgane sa sœur, belle, désœuvrée. Il y a Théo, le père de Lili, solitaire, entouré de ses chats. Il y a Max, obsédé par Morgane, qui construit son bateau. Et puis Lambert, de retour pour vendre sa maison. Nan, aussi, qui erre sur la lande, que la raison abandonne. Nan qui croit reconnaître dans le visage de Lambert un certain Michel. Mais qui est Michel ?
Dans ce village du Cotentin, tout se sait, et tout se tait. Le silence mure les douleurs. Les vies avancent, les secrets restent. Les haines, comme des vagues, déferlent, inapaisées, inextinguibles. L’amer au cœur.
Comme un fil fragile, la narratrice relie les personnages. Elle est la pièce neuve du jeu. Arrivée à la Hague pour y travailler, elle y charrie aussi un deuil, une souffrance indicible, trop grande, trop béante. Alors elle aussi se tait. Mais elle va et vient entre les personnages, elle est le sauf-conduit ténu et neutre qui circule entre les haines et les silences, et qui fait, sans avoir l’air d’y toucher, bouger les lignes. Elle se glisse dans ce paysage d’âmes tourmentées, respectant les résistances de chacun pour mieux inciter la parole à surgir, en douceur, touche par touche. Le travail est lent, le chemin est long. Mais au bout, les vérités dévoilées laissent entrevoir, enfin, la possibilité d’un apaisement. Le pardon peut remplacer la haine, l’amour commencer à apaiser les souffrances. La vie continue, pas tout à fait autrement, plus tout à fait pareille non plus.
_______________
Les déferlantes
Claudie Gallay
Éditions du Rouergue
(depuis juin chez J’ai lu)
Éloge de l’oiseau, de Henri Brunel
- Le 17 novembre 2009
- Par Philippe
- dans Lectures
30

C’est un tel plaisir d’avoir des oiseaux près de moi, de mon bureau où je passe beaucoup de temps, qu’il me semble que je ne pourrais pas m’en passer. La mésange, le moineau, le rouge-gorge, le merle, la pie ou le rouge-queue donnent un ballet vif, une ronde gracieuse, dont l’occurrence familière n’amoindrit en rien le plaisant spectacle. Sa contemplation est une invite à la pause, à l’arrêt, à l’attention, au recul. J’allège mon esprit alourdi, mon corps sédentaire, en prenant ma volubile leçon de virevoltes et de légèreté.
Comme j’ai aimé prolonger cette leçon avec Henri Brunel ! Son Éloge de l’oiseau lui consacre le plus bel hommage qui soit. Des grives aux hulottes, des gypaètes aux chardonnerets, nous aurions bien des enseignements à tirer de leur observation avertie, à l’encontre de nos activités destructrices, de nos esprits étroits, de l’irréfléchie frénésie dans laquelle nous nous noyons. Henri Brunel raconte ainsi les oiseaux avec gaieté, sérieux, humour, élégance toujours, et une once de nostalgie. Évoquant sa plume, celle de l’écrivain, il dit :
« Je sens parfois des coins d’amertume qui percent comme des étocs, de-ci de-là, ma gaieté. Je n’ai plus en gorge le cri flûté de la sittelle, la vivacité de l’alouette, l’insolence du cincle. J’appuie, j’écrase ma phrase, je perds, avec les derniers restes de jeunesse, je perds la chanson d’été. »
La chanson d’automne a pourtant peu à envier à la chanson d’été. Elle se patine de sagesse, gagne en profondeur, et fait entendre le clair son d’un art de vivre où la douceur, la simplicité, la fidélité à soi et le souvenir, font encore sens.
Henri Brunel
Éloge de l’oiseau
Arléa Poche
112 pages
Trois hommes dans un bateau, de Jerome Klapka Jerome
- Le 5 novembre 2009
- Par Philippe
- dans Lectures
34
Les trois amis, George, Harris, et le narrateur du récit, sont parfaitement d’accord. Ils ont bien compris que leur état de faiblesse était la triste conséquence d’un surmenage et que l’élimination complète de tout souci était le seul remède possible. Le narrateur particulièrement, avec une courageuse lucidité, a fait le diagnostic précis de la maladie dont il se sait atteint depuis longtemps, soit « une complète aversion pour tout genre de travail« . Il est admis à l’unisson qu’un changement d’air est absolument nécessaire, autant qu’une saine activité physique. Quoi de mieux dans ce cas qu’une revigorante excursion sur la Tamise en canot, pendant deux semaines, à admirer des paysages champêtres et à visiter de charmants villages ?
Décision prise, les trois célibataires amorcent aussitôt les préparatifs de l’aventure à laquelle Montmorency, le compagnon fox-terrier indomptable et batailleur, ne manquera pas d’être associé.
La réalité se pliant rarement au rêve, l’élimination des soucis ne va pas exactement être au rendez-vous. Ramer à contre-courant, affronter la pluie ou rechercher désespérément une auberge quand l’estomac crie famine n’étaient pas à proprement parler les doux plaisirs escomptés. Aidée par la gaucherie de l’équipage, alternant avec sa désinvolture ou sa mauvaise volonté, l’excursion se mue comme on s’y attend en comique épopée. Le canot devient galère.
À sa parution, en 1889, Trois hommes dans un bateau eut un succès très important. Il lui vaut aujourd’hui de survivre davantage dans les mémoires que dans les librairies, hélas. Pourtant, quel bijou que ce livre ! On s’y amuse de bout en bout. Le récit est drôle et joyeux à la fois, avec ce qu’il faut pour cela d’exagération, d’auto-dérision et d’absurdité.
La recette de l’Irish Stew concoctée par les trois héros vers la fin de l’aventure, avec l’aide du chien, vaudrait à elle seule de dénicher l’ouvrage. Comme l’assure le narrateur : « C’est l’avantage de l’Irish Stew, qu’il vous débarrasse d’un tas de choses. » Comme c’est l’avantage de Trois hommes dans un bateau, qu’il vous débarrasse de tout nuage, le temps d’une lecture enjouée et d’une entraînante promenade au fil de l’eau.
Jerome Klapka Jerome
Jerome K. Jerome
Trois hommes dans un bateau
Garnier-Flammarion
(D’autres ouvrages de l’auteur sont édités chez Arléa)
Pour aller plus loin :
- Académie de Strasbourg (Biographie)
- The Jerome K. Jerome Society






















