Brooklyn follies de Paul Auster
- Le 12 octobre 2009
- Par Philippe
- dans Lectures
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Je n’aurais pas dû me moquer du H1N1. Il faut savoir que dans la famille des virus personne n’a de l’humour. C’est un clan bourru où chacun est solidaire de l’autre à la vie, à la mort. Un vague cousin du H1N1 m’a donc sauté dessus sans sommation pour ourdir sa lente, patiente et déterminée vengeance : fièvre, toux, fatigue, mal de gorge, courbatures, rien ne m’aura été épargné.
Si vous m’aviez vu me traînasser avec mon bonnet de nuit et mes vieilles pantoufles, vous ne m’auriez pas reconnu. Vous auriez reconnu le bonnet, les pantoufles, mais moi non. C’est qu’à force de boire du rhum avec de l’eau, du miel et du citron, j’avais une vraie tête de grogué !
Alors j’ai profité d’être cloué au lit pour suivre Nathan Glass à Brooklyn. Cette incitation de lecture lue sur le blog de Léna, avec son aura parfumée de cake aux carottes, me semblait prometteuse et plutôt bien adaptée à mon repli prolongé sous la couette. Nathan glass, donc, narrateur des Brooklyn follies de Paul Auster, la soixantaine fatiguée par un cancer en rémission, un divorce et une vie de labeur bien remplie, s’installe à Brooklyn pour y finir sa vie paisiblement et y écrire un livre d’anecdotes. Mais ce chemin sera quelque peu bousculé par sa rencontre inattendue avec son neveu Tom, perdu de vue depuis plusieurs années. L’oncle et le neveu vont réapprendre à se connaître et se lieront d’amitié avec le patron de la librairie où travaille Tom. Ces liens construits ou reconstruits au fil des jours, entre bons petits plats et verres de vins, vont faire renaître en chacun l’envie d’une vie meilleure. Et si cet « hôtel Existence », ce lieu imaginaire d’une vie éloignée le plus possible des soucis et du tumulte du monde, prenait corps réellement ?
Sans en dévoiler davantage, l’histoire se terminera très bien. Chacun trouvera l’amour, les soucis d’argent auront disparu, les griefs familiaux seront dissipés, l’harmonie règnera et les naissances s’apprêteront à fleurir. Une issue fleur bleue pour un livre-fable. Une histoire hautement morale, au fond, constituant son plus patent défaut : le seul personnage escroc et néanmoins sympathique du livre sera bien sûr frappé de mort foudroyante, payant dette de ses égarements malhonnêtes, tandis que les bonnes intentions de Nathan Glass semblent l’éloigner définitivement de son cancer. Quant à la parabole finale, elle est on ne peut plus limpide, et simpliste : la voie du bonheur ne se trouve pas dans l’éloignement du chaos du monde mais bien dans l’amour qui panse les plaies du passé et qui pardonne. Le bonheur ferait son meilleur nid dans la famille unie, réunie, aimante et tolérante.
Après des débuts plutôt poussifs et tièdes, au point que je me demande un peu avant la centième page si j’allais ou non en poursuivre la lecture, je me suis néanmoins progressivement attaché à ces personnages tentant de surmonter leurs fêlures, retrouvant peu à peu le goût des autres et l’espoir de jours meilleurs. Être soi-même sous la couette, à l’agonie, luttant pour sa propre survie, rêvant à des cieux sans nuages, sans toux, sans sirops ni thermomètres, cela prédispose sans aucun doute sérieusement à faire ami-ami avec un roman optimiste. Car même si Paul Auster n’est pas le boute-en-train de la littérature américaine, il n’en est pas non plus le pôle austère. Conserver le sourire auprès de personnages chaleureux, c’est juste très agréable. Et pardonnable, morale de ma fable à moi.






















