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Les raffinements du vêtement féminin au musée Cognacq-Jay

À voir, à faire

20 Août

Nous voici, au musée Cognacq-Jay, au royaume des rubans, cordons, cordonnets, dentelles, manchettes, broderies, taffetas de soie, gazes et mousselines. L’exposition « Révéler le féminin » nous plonge dans les atours du XVIIIe siècle à travers une série de portraits et de scènes champêtres ou galantes. C’est tout l’art du paraître de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, porté à son paroxysme, qui se déploie ici et qui conserve jusqu’à nous son pouvoir de fascination, à nous qui avons renoncé à l’élégance au profit d’un confort qui nous fait davantage ressembler à des tentes de camping qu’à des gravures de mode. En marge des tableaux quelques vêtements et accessoires sont donnés à voir qui laissent béat d’admiration, telles ces pièces d’estomac somptueusement ornementées qui se fixaient sur le devant des robes à la française et qui dissimulaient le corps à baleines. Ces pièces de tissu sont si finement réalisées qu’elles semblent à peine humaines.

L’exposition distingue les portraits obéissant au besoin d’afficher son statut social en l’inscrivant dans la durée et les représentations mettant en avant une féminité plus idéalisée encore. Les fêtes galantes de Watteau ou les pastorales de François Boucher donnent à voir les raffinements de l’apparence dans le théâtre bucolique de la séduction et des plaisirs. Ces représentations plus mouvementées font apparaître un goût naissant pour le naturel et invitent à la rêverie. De ce point de vue l’exposition est très réussie. Dans le cadre charmant du musée Cognacq-Jay, une fois franchie l’entrée, la laideur du monde ne semble pas la bienvenue.

Reste que, sur le fond, on peut s’agacer du choix de l’exposition qui, de la mode et du paraître au XVIIIe siècle, écarte le masculin. On a envie de s’écrier : « Quelle inculture ! »

L’ignarerie des commissaires d’exposition est une hypothèse a priori peu recevable. Alors pourquoi ce parti pris exclusif ? Car oublier qu’au XVIIIe siècle le raffinement de l’apparence, l’usage des dentelles, broderies, fleurs, fards et couleurs tendres n’étaient pas l’apanage du féminin parait un peu fort.

J’y vois tout le poids du XIXe siècle bourgeois, industriel et puritain qui a scindé beaucoup plus nettement le masculin du féminin. Aux femmes les fanfreluches, aux hommes le noir, l’austérité en écho au rigorisme moral et au sérieux du labeur. L’orientation de l’exposition s’inscrit, du moins inconsciemment sans doute, dans cet héritage proche et encore bien vivace. Associer le masculin à des fleurettes brodées contrevient tellement à nos représentations mentales que cela en devient pour ainsi dire impossible.

Cela aboutit à une exposition partiale qui, à une époque qui cherche à bousculer les stéréotypes de genre, les conforte au contraire.

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme (vers 1787) :

À droite, école de Jean-Marc Nattier, Louise Élisabeth de France, Duchesse de Parme (vers 1760), détail :

Jean Frédéric Schall, Danseuse en costume Louis XVI :

Lié Louis Périn-Salbreux, Portrait de Madame Sophie (1776) :

À droite, Jean-Baptiste Deshays, Portrait présumé de Jeanne-Élisabeth-Victoire Deshays (1763) :

À gauche, attribué à Johann Anton de Peters, Portrait d’une danseuse ou d’une actrice tenant un bouquet de fleurs (après 1763) :

François Boucher, Portrait présumé de Marie-Émilie Baudouin, fille du peintre :

Nicolas Bernard Lépicié, Portait de Quatremère et de sa famille (1880) :

À gauche, attribué à Jean-Marc Nattier, Portait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV (vers 1750). À droite, robe à la française et jupe :

Caraco, seconde moitié du XVIIIe siècle :


Musée Cognacq-Jay

Révéler le féminin, mode et apparences au XVIIIe siècle

Jusqu’au 20 septembre 2026


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11 commentaires

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Commentaires

  1. Hélène dit

    20/08/2026 à 23:56

    Mon avis diffère un peu du votre ,Philippe !
    Je vois ici , dans ces tableaux presque exclusivement féminins , un regard porté sciemment sur la femme et ses atours , la beauté des tissus , la richesse de ces étoffes , les falbalas d’or , d’argent , les dentelles et autres guipures tout en finesse et légèreté, les perles et le charme instauré ….
    Le talent des peintres de cette époque où le moindre détail est sublimé !

    Tous ces portraits , où les visages sont plus ou moins tristes et posés, témoignent d’un choix délibéré …..
    Aux hommes d’aujourd’hui , de proposer , une exposition de l’équivalent masculin avec jabots , fleurettes et autres « gracieusetées  » !
    Hélène , féministe sans excès et sans a-priori , avec mes amitiés partagées !

    Répondre
  2. Francine Claude dit

    21/08/2026 à 05:51

    J’ai dû sourire à votre commentaire « … nous fait ressembler à des tentes de camping ». Il est malheureusement à déplorer depuis quelques décennies, le lent déclin du soigné, de l’élégance qui n’est pas incompatible avec le confort vestimentaire. Mais s’il s’agissait seulement du vestimentaire…. A vouloir tout minimaliser, on finit par tout uniformiser. Quel notion détestable!

    Répondre
  3. Sissi94 dit

    21/08/2026 à 11:12

    Merci pour ce très beau billet.
    Je connais très bien ce musée de la ville de Paris mais j’y vais beaucoup moins souvent à cause des escaliers et de mon arthrose aux genoux.
    Bon week-end.
    Sylvie

    Répondre
  4. Françoise Terrasson dit

    21/08/2026 à 11:26

    En fait si l’on considère ces portraits d’un point de vue social, et lorsque l’on admire tous ces atours féminin, il faut d’abord reconnaître également le travail de coutures , de broderies ,de dentelles et autres passementeries qui s’apparentent à de l’art au même titre que celui des peintres même si on parle d’artisanat ; ensuite il faut considérer que les artisanes qui effectuaient ces modèles étaient très mal payées malgré un très long et difficile labeur.
    C’est vrai aussi que sans pouvoir réaliser aujourd’hui de telles prouesses, nous perdons le sens de l’élégance en ne pouvant plus-pour une majorité d’entre nous –
    nous habiller que « made in china ». En même temps cela nous fait perdre notre savoir faire…….

    Répondre
  5. Fiorenza dit

    21/08/2026 à 15:33

    Très sensible à votre billet, l’élégance étant une question d’éducation !
    Le style XVIIIÈME reste une base intemporelle dont nous conservons
    certains symboles nostalgiques…même subconscients .
    Le dandysme n’en-est-il-pas le prolongement naturel ?

    Merci d’apporter cette lumière dans une époque
    de plus en plus « grisouille » ! 👒

    Répondre
  6. josette wisman dit

    27/08/2026 à 20:14

    J’aurais aime voir une « piece d’estomac ». Je ne sais pas ce que c’est.

    Les organisateurs ont choisi un aspect special de la vie au 18e siecle en France, le vetement feminin. C’est tout.

    BTW, Le magazine Beaux-Arts a publie en ligne un article tres interessant dernierement:

    https://www.beauxarts.com/series/les-musees-les-plus-insolites-de-france/

    Vous qui avez la chance d’habiter en France, vous pouvez decouvrir ces musees insolites. Bonnes visites.

    Josette

    Répondre
  7. Evelyne dit

    28/08/2026 à 17:35

    Entre la pièce d’estomac et la « tente de camping » (j’ai souri car c’est exactement ça) beaucoup de gens sont actuellement en train de faire la révolution (avec leurs propres vêtements) parce qu’ils ne veulent plus de la seconde et ne sont pas nostalgiques de la première.
    Je suis obsédée par le vêtement. Pour les hommes, pour les femmes. Je suis persuadée que c’est dans une période d’apologie de la laideur comme celle que nous vivons, qu’il peut y avoir un retour à l’élégance vestimentaire.
    A partir du 26 septembre il y a une expo à Galliera « Un vestiaire à soi » sur l’époque où les femmes se sont approprié le vêtement masculin. Il doit y avoir des pièces de folie.

    Répondre
    • Fiorenza dit

      02/09/2026 à 15:38

      Je partage votre avis : il fut un temps où les styles Dior, Chanel etc…
      se retrouvaient chez les couturières de province lorsque
      nous accompagnions nos mamans au goût très sûr,
      j’en souris encore de plaisir !

      Répondre
      • Evelyne dit

        06/09/2026 à 18:50

        Je n’ai pas eu cette chance (les vêtements faits par une couturière)… je crois que j’aurais adoré.
        Je parlais des vêtements masculins parce que Philippe en parle.
        Il y a depuis quelques années un retour aux vêtements faits sur mesure en réponse à la fast fashion, et c’est surtout du côté des hommes. Un retour aux pantalons larges des années 20-30-40 en tweed ou en flanelle, tant pour l’environnement, pour la qualité, pour le style. Je sais que ce n’est pas le sujet du billet, c’était juste pour info pour Philippe. Pour femme c’est plus difficile de trouver une couturière. Ce métier s’est perdu.
        Amicalement.

        Répondre
  8. GAYOT dit

    03/09/2026 à 07:59

    Vous avez déclenché quelques commentaires justes et intéressants. Je m’associe à eux et vous remercie.

    Répondre
  9. Triskell dit

    05/09/2026 à 11:45

    Tout à fait d’accord avec ce constat : où sont les vêtements pour hommes ?!? Ceci dit, tout est dans le titre de cette exposition… On attend donc une version masculine. Tout en admirant la beauté des tissus, la délicatesse des finitions, l’association des matières et des couleurs, j’avoue n’ être pas ou peu réceptive à la peinture de cette époque, exception faite peut-être de Fragonard, et encore. En fait ce qui me gêne, et m’empêche sans doute d’apprécier le sujet développé ici, le vêtement, c’est la laideur des modèles. Ces yeux un tantinet bovins, sans cils, ces bouches minuscules exagérément ourlées, sans parler des mains potelées comme des petits boudins, bof. J’adore la mode, je rêve d’un courant qui associerait l’esthétique et le pratique, à prix abordable cela va de soi. J’ai toujours eu horreur du camping et de ses tentes, mais prendre le métro en vertugadin me semble assez acrobatique.
    Trois billets magnifiques en à peine un mois, tu nous gâtes ! Merci pour ce retour parmi nous ;-)

    Répondre

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