Je n’aurais pas dû me moquer du H1N1. Il faut savoir que dans la famille des virus personne n’a de l’humour. C’est un clan bourru où chacun est solidaire de l’autre à la vie, à la mort. Un vague cousin du H1N1 m’a donc sauté dessus sans sommation pour ourdir sa lente, patiente et déterminée vengeance : fièvre, toux, fatigue, mal de gorge, courbatures, rien ne m’aura été épargné.
Si vous m’aviez vu me traînasser avec mon bonnet de nuit et mes vieilles pantoufles, vous ne m’auriez pas reconnu. Vous auriez reconnu le bonnet, les pantoufles, mais moi non. C’est qu’à force de boire du rhum avec de l’eau, du miel et du citron, j’avais une vraie tête de grogué !
Alors j’ai profité d’être cloué au lit pour suivre Nathan Glass à Brooklyn. Cette incitation de lecture lue sur le blog de Léna, avec son aura parfumée de cake aux carottes, me semblait prometteuse et plutôt bien adaptée à mon repli prolongé sous la couette. Nathan glass, donc, narrateur des Brooklyn follies de Paul Auster, la soixantaine fatiguée par un cancer en rémission, un divorce et une vie de labeur bien remplie, s’installe à Brooklyn pour y finir sa vie paisiblement et y écrire un livre d’anecdotes. Mais ce chemin sera quelque peu bousculé par sa rencontre inattendue avec son neveu Tom, perdu de vue depuis plusieurs années. L’oncle et le neveu vont réapprendre à se connaître et se lieront d’amitié avec le patron de la librairie où travaille Tom. Ces liens construits ou reconstruits au fil des jours, entre bons petits plats et verres de vin, vont faire renaître en chacun l’envie d’une vie meilleure. Et si cet “hôtel Existence”, ce lieu imaginaire d’une vie éloignée le plus possible des soucis et du tumulte du monde, prenait corps réellement ?
Sans en dévoiler davantage, l’histoire se terminera très bien. Chacun trouvera l’amour, les soucis d’argent auront disparu, les griefs familiaux seront dissipés, l’harmonie règnera et les naissances s’apprêteront à fleurir. Une issue fleur bleue pour un livre-fable. Une histoire hautement morale, au fond, constituant son plus patent défaut : le seul personnage escroc et néanmoins sympathique du livre sera bien sûr frappé de mort foudroyante, payant dette de ses égarements malhonnêtes, tandis que les bonnes intentions de Nathan Glass semblent l’éloigner définitivement de son cancer. Quant à la parabole finale, elle est on ne peut plus limpide, et simpliste : la voie du bonheur ne se trouve pas dans l’éloignement du chaos du monde mais bien dans l’amour qui panse les plaies du passé et qui pardonne. Le bonheur ferait son meilleur nid dans la famille unie, réunie, aimante et tolérante.
Après des débuts plutôt poussifs et tièdes, au point que je me demande un peu avant la centième page si j’allais ou non en poursuivre la lecture, je me suis néanmoins progressivement attaché à ces personnages tentant de surmonter leurs fêlures, retrouvant peu à peu le goût des autres et l’espoir de jours meilleurs. Être soi-même sous la couette, à l’agonie, luttant pour sa propre survie, rêvant à des cieux sans nuages, sans toux, sans sirops ni thermomètres, prédispose sans aucun doute sérieusement à faire ami-ami avec un roman optimiste. Car même si Paul Auster n’est pas le boute-en-train de la littérature américaine, il n’en est pas non plus le pôle austère. Conserver le sourire auprès de personnages chaleureux, c’est juste très agréable. Et pardonnable, morale de ma fable à moi.
Je vous aurai bien envoyé un peu de “calva” de ma Normandie, pour vous remettre plus rapidement, mais… en tout cas bon rétablissement !
Carole, oui, oui, le calva, je suis aussi preneur ! ;-)
Rhooo le pôle austère !
Une lecture digne de figurer sur une austère liste ?
J’espère en tout cas que le grand air breton et la compagnie de Véronique d’Hergemont vous aident à vous remettre ! ;-)
Rafaèle, j’avoue, je ne suis pas mécontent de mon “pôle austère” ! ;-)
Quant à figurer sur l’austère liste, il faudrait débattre : roman de gare ou pas ?
Véronique d’Hergemont et l’air de Sarek sont en tout cas vivifiants à souhait…
Trop fort :-) !
je vais m’empresser de suivre votre exemple (non pas pour la grippe)mais pour le livre.Quand je suis malade,je me fais une petite cure de Peter Mayle ce qui me réjouit toujours,et,plus récemment un livre trouvé à Emmaüs,d’un canadien prof de littérature française et journaliste tiens,tiens! “juliette Pomerleau” d’Yves Beauchemin.Héroïne énorme,truculente,généreuse.Saga pleine de verve, dans laquelle la musique est omniprésente ponctuée de la verdeur des dialogues québécois. A consommer sans modération à la place de vos sirops. Néanmoins bon courage et une fois n’est pas coutume, je vais aller jusqu’à vous embrasser virtuellement (au moins pas de risques de contagion!)
Valérie, Peter Mayle ne me tente pas énormément a priori, mais je rate peut-être quelque chose. Quant à Yves Beauchemin, je ne le connais pas du tout mais cela semble tentant. Je retiens donc .
As-tu essayé la bonne vieille méthode irlandaise dite “des 3 chapeaux” … ??
Tu poses un chapeau au pied de ton lit, tu bois des grogs au whiskey, et quand tu vois trois chapeaux, tu es guéri :o)
J’adore Paul Auster et ce livre-ci particulièrement.
Tu es bien accompagné durant ce repos forcé !
Christine, cette méthode est très efficace en effet, je peux témoigner ! ;-)
Tant qu’à être cloué au lit, Paul Hochon me semble plus adéquat ;-)
Viccha, je préfèrerais dans ce cas Ed Redon, pour rester dans la littérature américaine.
Si j’en crois ton passage chez moi, cette lecture t’a revigoré ! Sans rancune…
Cocotine, je t’embauche comme médicament ! ;-)
Il ne reste plus qu’à aller à New York sur les lieux du livre. J’adore !!!
Karine, y a plus qu’à !
Ai lu ce livre mais je n’ étais ni fiévreuse, ni emballée.
A la lecture de cette critique, je le reprendrai peut-être…
Remettez-vous vite.
Amitiés. Betty.
Betty, merci, presque remis, je me sens encore fatigué, c’est ça les petites natures ! ;-)
je n’aurais pas dû applaudir quand tu t’es moqué … j’en sors à peine moi aussi .Encore un peu de toussotage , mais çà va mieux . Par contre Paul Auster à une époque j’étais fan , j’en ai plein à la maison et celui là j’ai un doute , je ne sais plus ???Lu pas lu ? je vais aller voir çà de plus près ..
Onira, sans vouloir t’inquiéter, ce que tu me racontes là ressemble beaucoup à…un début d’Alzheimer, si, si ! ;-)
On dit que la grippe ne repasse pas deux fois au même endroit ! Tranquille pour au moins un an ! et pour rester positive , un bon livre sous la couette au milieu de la journée quand le froid pointe son nez , c’est génial… Bon j’arrête , je n’aimerais pas non plus ! c’est sûr , demain c’est fini !
Kinekelly, ah, tu vois : tu n’es pas toi-même convaincue par ton argumentation ! Car l’abus de couette et de lecture se pratique aussi très bien en pleine forme !
Et la morale de l’histoire pour le clan Virus ?…
Justice est rendue !!!
Je plaisante, bien entendu … bon rétablissement !
Christine, justice est rendue. Désormais, dès que j’aperçois un virus, je fais la révérence en débitant des flatteries ! ;-)
J’ai hésité plusieurs fois à lire ce livre peut être aurais je du.
Bon rétablissement.
Christian
Christian, il n’est pas trop tard !
Remets toi bien … C’est une vacherie, mon fils cadet l’a eu au mois de juin …
Bonne lecture et bonne journée.
Jo, tant que ce n’est pas la grippe A ! ;-)