Avant de retourner à Versailles, un peu d’actualité. Je vous invite à me suivre au Palais Galliera qui a rouvert ses portes le 1er octobre après deux années de rénovation et la transformation de ses caves voûtées en espaces d’exposition. Pour sa réouverture le musée accueille une rétrospective consacrée à Gabrielle Chanel que je me suis empressé d’aller voir.


La conservation des fragiles tissus impose un éclairage parcimonieux. Les lieux sont donc maintenus dans une forte pénombre ce qui rend l’exercice photographique pour le moins périlleux. J’ai dû écarter bon nombre de clichés ratés de pièces que j’aurais pourtant aimé vous montrer.
Passé ce désappointement pratique je me suis laissé happer sans difficulté par ce cheminement qui couvre plusieurs décennies de création de couture. C’est émouvant même, en regardant de près certains vêtements (toutes les pièces ne sont pas dans des vitrines), d’imaginer les petites mains qui ont travaillé aux architectures savantes cachées derrière l’apparente sévérité des lignes. À force d’avoir raboté, coupé, éliminé, abattu, Chanel a abouti à un degré d’épuration que l’on pourrait confondre, en faisant un mauvais raccourci, avec de la simplicité. Là réside la modernité de ses créations. C’est je crois ce qui m’a le plus marqué au cours de ma visite : peu de vêtements semblent réellement “datés”.
Mais (est-ce un parti pris de l’exposition?) on est également surpris par la linéarité des créations de Chanel, laquelle, au fil des décennies, n’aura semble-t-il jamais véritablement cherché, ou réussi, à dépasser son style, à explorer d’autres voies que ces coupes longilignes, taillées à la serpe, comme sans cesse puisées à la source des années 20, émanées peut-être de cet élan de vengeance qui fit dire à Paul Morand qu’il allait lui faire “inventer la pauvreté pour milliardaires”.
Je ne crois pas d’ailleurs que Chanel ait autant émancipé le corps de la femme qu’on se plaît souvent à le dire. Elle a écarté des contraintes pour imposer plus subtilement les siennes. Ses créations énoncent une nouvelle injonction : soyez (très) mince, soyez filiforme ! Traduisible aussi par : soyez comme moi ! Ce qui n’est pas autre chose que le maintien d’une coercition. L’invention du corset invisible, en pire, car ce n’est plus seulement la taille qui doit être fine. Peut-on rêver plus belle revanche, quand on en a l’appétit, que de régner sur les désirs, les esprits et les corps après avoir subi dans son enfance et sa jeunesse le poids de la pauvreté et tant d’humiliations ?


Ensemble veste et robe en toile de soie ivoire et taffetas de soie noir, printemps-été 1926 :

Surah ivoire imprimé sur chaîne noire, années 30 :

Robe en organza de soie à imprimé multicolore , 1935 (détail) :

Cape (détail) :

Robe en tulle de coton ivoire brodé de coton et de fils d’or, lamé or, organdi blanc et crêpe de soie ivoire, 1960 :

Robe en organdi de coton et broderie anglaise, 1962 :

Robe d’après-midi en mousseline de soie, printemps-été 1930 (détail) :

Robe du soir en velours de soie, dentelle, taffetas et tulle de soie rouges, automne-hiver 1937 :

Ensemble veste et manteau brodé de fils d’or :

L’exposition fait également la part belle à tous ces bijoux essentiellement fantaisie ou de haute joaillerie dont Chanel avait le goût, flamboyants et colorés, devant avant tout répondre à l’idée d’un amusement :

Le Palais Galliera côté jardin, avec son architecture néo-Renaissance :


Et côté cour, où se situe l’entrée :

Palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris
Exposition “Gabrielle Chanel, manifeste de mode”
Du 1er octobre 2020 au 14 mars 2021
10, avenue Pierre Ier de Serbie – 75116 Paris
Pour aller plus loin :

Des livres que je possède sur Chanel, le plus abouti, le plus magistral est sans conteste celui qu’Edmonde Charles-Roux lui a consacré avec L’irrégulière. Plus qu’une biographie, une approche profonde, fouillée, pour décortiquer, comprendre, expliquer le “cas Chanel” en allant jusqu’à remonter dans la famille Chanel bien avant même la naissance de Gabrielle. Absolument passionnant.
L’irrégulière
Edmonde Charles-Roux
Éd. Grasset
Coll. Le Livre de Poche
1977
656 pages
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Il n’est guère étonnant que Paul Morand se soit intéressé à Chanel, lui qui avait tant aimé la vitesse dans sa jeunesse. Il fait admirablement revivre la créatrice, dont il avait été proche, dans L’allure de Chanel, un récit qui lui accorde une place à la première personne. C’est Chanel ressuscitée et à l’œuvre dans l’élaboration de son propre mythe. Intelligent, vif, péremptoire et véloce.
L’allure de Chanel
Paul Morand
Éd. Gallimard
Coll. Folio
1976
248 pages
J’aurais trop à dire sur ces superbes photos ainsi que sur les légendes, alors tout simplement MERCI !
Merci à vous Michelle.
Merci de la part d’une campagnarde qui souvent a la nostalgie de Paris, continuez
Soyez sans nostalgie, et assurée d’être sûrement bien mieux à la campagne qu’à Paris en ce temps d’épidémie…
CHANEL toujours superbe. Le luxe de faire disparaitre les formes et une forme de dictature de la minceur … Je vous suis dans votre analyse. Merci Philippe
En matière vestimentaire finalement, seul la mode du “tout nu” serait vraiment libératrice. Mais l’hiver… ;-)
Merci d’avoir partagé avec nous ce magnifique reportage et surtout ces superbes photos, le tout empreint de l’élégance qui vous caractérise,
Merci Danielle, bonne fin de week-end.
Versailles, Chanel , vous nous offrez des photos somptueuses, un texte original et subtil qui change du copié collé des articles de presse.
MERCI .
Odile, merci, j’ai évité en effet de recopier le dossier de presse. ;-)
Quelle beauté ! quelle élégance. Merci de nous en partager une partie
J’aurais aimé partager davantage de ce que j’ai vu mais les conditions étaient malheureusement hostiles à mon appareil. ;-)
Un style pour un certain type de femme… Elle a trouvé sa clientèle et quelle réussite Merci pour ce documentaire…
Quelle réussite en effet quand on sait qu’elle a eu jusqu’à 3000 ouvrières à la veille de la première guerre mondiale et que ses origines ne la prédisposaient guère a priorià devenir capitaine d’industrie.
Chanel , une “grande” couturière qui ne savait même pas coudre ,(dixit une grand’tante qui a travaillé pour elle ) ,qui déchirait , découpait , réduisait en effet tout ce qu’elle jugeait inutile , et qui a contribué à simplifier la parure des femmes et à les rapprocher d’un modèle plus masculin ,en tout cas plus androgyne.C’était bien sûr dans l’air du temps , mais s’agit-il d’élégance ?
Elle avait en tout cas une vision et elle a su l’imposer, c’est aussi un talent.
Classique , moderne , intemporelle ; se représentant effectivement LA FEMME à travers elle !
Un certain génie , sensible et ” autoritaire” à la fois , Mlle Chanel n’aimait pas les contraintes …Ni les contradictions …
Merci Philippe de ce beau texte et photos .
Je crois même qu’on pourrait ôter les guillemets à “autoritaire”. ;-)
Un régal… En attendant de trouver un moment pour apprécier l’exposition in situ, je me délecte de tes splendides photos.
Votre approche ainsi que votre vision est toujours si élégante, un vrai plaisir. Aimant beaucoup les tailleurs Chanel, je me suis intéressée à son parcours, et donc lu le livre d’Edmonde Charles Roux. Cette femme n’avait aucune bienveillance ni respect envers son personnel, humainement nulle, par contre un vrai style mais qui était uniquement le sien. Je l’ai croisée un soir dans la rue Cambon elle était au bras de Jacques Chazot, j’étais une toute jeune fille, je n’ai réalisé qu’après. Je sortais d’un concert à l’Olympia ! (Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ……..). Toujours du plaisir à vous lire. Merci
Merci pour cette magnifique visite.
Beau week-end
Monique