
Je suis parti au Mans vendredi après-midi pour y passer quelques jours en famille. J’apprenais en y arrivant le crime abject dont venait d’être victime un professeur d’histoire-géographie. Dans les jours qui ont suivi j’ai peu écouté les informations, j’ai tout de même entendu que des professeurs témoignaient anonymement des réalités qu’ils vivaient, entre élèves parfois frontalement violents ou hostiles, parents agressifs, abandon de la hiérarchie… Alors les souvenirs sont remontés à la surface. Il y a un peu plus de vingt ans c’est au Mans précisément que je me destinais moi-même au professorat. Je préparais le C.A.P.E.S. de lettres et l’agrégation. Je travaillais parallèlement comme responsable de cantine dans une école d’application du centre ville et comme surveillant d’étude dans une école d’un quartier défavorisé. Ces deux expériences de terrain, bien que différentes, se rejoignaient dans mes conclusions et m’ont aidé à me détourner des concours. Elles m’avaient permis de mesurer la violence incroyable de certains enfants ne respectant rien (en primaire !), le poids des parents dans l’école, l’absence de soutien hiérarchique et de solidarité. Je conserve de cette période de mauvais souvenirs, des bons aussi. Mais je n’ai jamais eu le regret de ma décision. À titre personnel rien ne me prédisposait non plus il faut dire à tolérer certains faits ou comportements liés à une délétère absence d’éducation et de valeurs. Je n’en pense peut-être qu’avec plus de reconnaissance encore à tous les enseignants formidables que j’ai eus. De même que je pense aussi régulièrement au travail si méritant qu’accomplissent aujourd’hui les profs en dépit de difficultés souvent accablantes. Transmettre des savoirs qui conduiront les individus vers leur émancipation, avec des repères pour penser le monde, pour construire leur future vie d’adulte sur un socle solide, voilà bien un rôle noble ! Un rôle qui aura pourtant coûté la vie à un enseignant de la manière la plus abominable qui soit.
J’ai renoncé à l’Éducation Nationale mais pas à l’enseignement. Pendant plusieurs années, au Mans et à Paris, j’ai transmis mes compétences dans un domaine où ma liberté et mon autorité ne souffraient pas de bâtons dans les roues, un domaine qui ne pouvait que me convenir, où “se tenir” a tout son sens et sa place : la danse. J’ai été un prof passionné, attentif, exigeant, aussi bien avec les enfants qu’avec les adultes. Je n’ai que de bons souvenirs de ces années, je sais que j’ai réussi à faire aimer la danse à des enfants que j’ai vu se métamorphoser, devenir eux-mêmes passionnés.
Ce sont les souvenirs que j’ai eu envie d’exhumer ce soir, pour ne pas laisser à ma modeste façon le silence de mes photos recouvrir l’ignominie.
Je n’ai pas croisé beaucoup de monde dans les étroites ruelles du Vieux Mans (Cité Plantagenêt) mais un chat câlin m’y a fait très bon accueil ! Je m’y promène toujours avec plaisir, y décelant de nouveaux ornements et détails. Les nombreuses maisons à pans de bois des XVe et XVIe siècle offrent des couleurs magnifiques et l’ensemble, avec ses hôtels particuliers, sa cathédrale et ses petits jardins, possède un charme indéniable. Les couleurs de l’automne arrivent sur Gris-bleu…




















Magnifique série de photos, et très émouvant témoignage.
Que va-t-on dire du monde à un petit garçon de cinq ans qui a perdu son papa de cette irréelle et si tragique façon ?
Très beau témoignage Cher Philippe ! C’est toujours un régal de vous lire et en plus de regarder vos superbes photos.
J’ignorais que vous étiez passionné par la danse et que vous aviez pu transmettre cette belle passion. Quel bonheur pour ces enfants et adultes d’avoir découvert la danse avec quelqu’un comme vous !
Merveilleuses photos! Mon rêve est de visiter la France dans son entièreté. Rêve impossible à réaliser… La France est pour moi le plus beau pays du monde! Parole de Belge! Et le Mans,j’adore… L’actualité nous glace,nous émeut,nous pétrifie d’indignation et de tristesse. A partir du moment où je me dis: c’était mieux avant: je me rend compte que j’ai pris de l’âge… Mais quand même, c’était mieux avant! 60,70,80… Bonne soirée et encore merci.
Je me demande ce que j’aime le plus dans ce billet : le texte ou les photos. L’émotion qui m’a saisie à la lecture du premier a cédé la place au ravissement suscité par les secondes. Qu’elle est belle cette ville ! Comment, moi qui fais le parcours Paris-Nantes et retour plus d’une dizaine de fois par an, n’ai-je jamais eu l’idée de m’arrêter à mi-chemin ? Nous en apprenons un peu plus sur toi, et nous réjouissons que tu aies choisi cette branche artistique qui colle tellement mieux à ta sensibilité. Je suis issue d’une famille d’enseignants, je sais à quel point ce métier peut être ingrat parfois.
Et puis je ne peux m’empêcher de “mettre un coeur” sur tes photos de chat, étant en manque absolu de ce côté, tout en me disant que le faire vivre dans un 48m2 parisien, même avec des tonnes d’amour, ce n’est plus très raisonnable…
Encore mille mercis pour ce très beau billet,
Dominique
Sur la route des vacances, entre Touraine et Cotentin, Il y a un an je me suis perdue dans Le Mans… Erreur de conduite, je n’aurais jamais du y mettre les roues ! J’ai fait plusieurs fois le tour et des détours de travaux en plein centre ville… J’avais détesté y perdre mon temps.
J’imaginais intérieurement qu’un vieux centre ville me ferait changer d’avis… Le film, “Les Blessures Assassines” y a été tourné et justement tes superbes photos m’y ramènent. Décidément, il faut que j’y retourne ; chaque ville possède des merveilles.
Qui d’autre que toi aurait pu rendre un bel hommage à cet enseignant ? Ta sensibilité et ta gentillesse savent si bien s’exprimer ici. Merci Philippe.
Je te souhaite une douce fin de soirée et t’embrasse.
Bertille
Un crime abject. Espérons que quelque chose change très vite, que le gouvernement va prendre de meilleures solutions pour protéger la liberté de penser et ceux qui enseignent nos valeurs républicaines.
Merci pour vos magnifiques photos, je connais la Sarthe, le Perche, a Touraine, merveilleux département et régions. L’automne est ma saison préférée, avec l’hiver, ces atmosphères, ces couleurs me font revivre. C’est tellement beau. Merci pour ce petit chat, j’adore les animaux, leur regard me touche toujours.
Merci Philippe pour cette promenade enchanteresse dans ce Mans médiéval que nous aimons tant.
Il ne faut jamais renoncer à ses rêves même si la route pour les réaliser prend des chemins détournés voire de traverses …
Merci, aussi, Cher Philippe, de nous permettre d’échapper à cette actualité folle, quelques minutes, pour nous plonger dans “ces bulles de respiration” que vous nous offrez tant par vos textes ciselés que vos photos pleines de charmes et reposantes. Je suis très admirative de “votre œil”, de votre talent à saisir le détail.
Bonne fin de semaine “Par Delà Le Bien et le Mal” !
Vous m’avez donné envie d’y aller faire un tour ! Jolie ville et photos magnifiques
On n’enseigne bien que ce qu’on aime…
J’ai enseigné 2 ans il y a longtemps, et j’ai fait autre chose, j’avais une classe hyper motivée de BTS et une autre infecte.
Belle journée
Merci, pour votre billet Philippe, il me touche beaucoup, allié à vos magnifiques photos.
Jeanne
Bel hommage à ce professeur victime de la barbarie d’un individu . La visite du Mans fut un réel plaisir, vous savez si bien fixer les merveilles des lieux . Bonne journée
MERCI PHILIPPE DE NOUS AIDER A NOUS ECHAPPER DE CES TEMPS PEU REJOUISSANTS…..VOS PHOTOS SUBLIMES NOUS APPORTENT UN PEU D APAISEMENT ET DE BONHEUR. ….J’IGNORAIS QUE VOUS AVIEZ ENSEIGNE LA DANSE., MOI MEME AYANT UNE FILLE QUI A ETE DANSEUSE PROFESSIONNELLE EN EUROPE DE L EST, JE NE PEUX QUE CONFIRMER SON CARACTERE PASSIONNEL POUR CET ART.
CONTI8NUEZ A NOUS ENCHANTER ET ENCORE MERCI………JOCELYNE
Cher Philippe
Votre billet est un vrai soleil au milieu des ténèbres…. Difficile de croire que cette horreur est la dernière que nous vivrons. Trouverons nous des solutions pour un vivre ensemble apaisé ? Samuel Paty a été la victime du terrorisme ,de l’obsurantisme et ….des réseaux sociaux.Et avant lui ,combien de personnes ont vu leur vie basculer tragiquement à cause de commentaires malveillants ou de rumeurs propagées ? Chacun a un rôle à jouer afin de ne pas être un pantin entre les mains de Facebook et Twitter…..
Alors grand merci Philippe pour tous les petits “diamants” que vous semez dans nos vies !
Bises virtuelles de’Toulouse
Florence
Un préambule qui sonne vrai… Je me sens dépassée par tant de violences et par tant d’agressions sans savoir si c’est parce que je suis trop vieille pour comprendre ce qui se passe dans la tête des plus jeunes (parents et enfants). Que leur avons-nous transmis de notre quête de plus d’amour et plus de liberté?
Merci et merci aussi pour ces images apaisantes!
Magnifiques photos du vieux Mans qui donnent envie de s’y promener. Vous avez bien du talent.
Oui l’horreur absolue ! Cela a ravivé ce que j’ai pu ressentir pendant ma vie d’enseignante : un déclin depuis de longues années et une omerta qui m’a toujours révoltée et là qui me donne des nausées ; avez vous vu ou entendu les collègues de cet enseignant s’exprimer ? son chef d’établissement ? un hommage national de tous les enseignants dans la rue ? ah suis je bête …ce sont les vacances ! Cette omerta je l’ai ressentie dans la dernière décennie de ma carrière (et je suis à la retraite depuis 18 ans !!!!) : chacun pour soi , ne pas faire de vagues , surtout ne pas dire qu’on est bousculée dans ses cours etc…j’ai vu tellement de choses insupportables , j’ai consolé , aidé . Le chantier est énorme , excessivement difficile dans cette société de consommation . J’admire les enseignants des zones prioritaires et ces enseignants animés par leur métier mais à quel prix!
Je ne savais que vous aviez été vous même relayeur d’émotions , de techniques …mais cela ne m’a pas trop étonnée .
Heureusement que la visite de cette belle ville du Mans est là pour mieux respirer . Nous avons vraiment des villes superbes dans notre pays : merci pour toutes ces photos pour mieux découvrir cette ville . Ce moment apaise , fait du bien . Merci.
Merci pour ces superbes photos d’une ville qui paraît charmante et authentique.Je suis comme tout le monde abasourdie par ces tragiques évènements .Je connais bien le milieu enseignant mon mari et nos amis étaient professeurs des écoles, et même en primaire on aurait pu écrire des romans (pas roses) car il y avait des situations aberrantes et consternantes au niveau des familles et des enfants qui n’avaient aucun respect ni valeurs, et pourtant les enseignants étaient à l’écoute pour essayer de résoudre les problèmes. Je ne me reconnais pas dans ce monde de violence et d’incivilité, c’est triste.Vous nous aviez caché votre passion et votre professorat de danse, mes filles en ont fait jusqu’à leur départ à Paris pour leurs études, et elles comme moi gardons de jolis souvenirs de ces années.Je pense que pour vous il en est de même et la satisfaction d’avoir transmis votre passion. La transmission c’est tellement important et la discipline stricte de la danse forge le corps mais aussi une discipline de vie.
Difficile de trouver les mots pour exprimer notre sidération devant la barbarie !
Vous les avez bien illustrés de photos aux couleurs de nos sentiments,
de notre tristesse : l’automne cette année est si embrumé !
La beauté de vos “tableaux” est une consolation dont je vous remercie…
J’ai aimé cette déambulation dans le vieux Le Mans, ville que je ne connais absolument pas et que je n’associais pas du tout aux maisons à pans de bois et tes photos donnent l’envie d’aller en découvrir un peu plus. Et puis ce témoignange trouve forcément un écho en moi qui suis enseignante depuis longtemps déjà, qui a vu le métier évoluer, les parents s’immiscer toujours un peu plus dans notre travail et s’octroyer un droit de regard fort cirtique sur nos enseignements et les élèves manquant de plus en plus de repères, livrés tous les jours sans contôle aucun au monde des écrans . Quel poids faisons-nous face à un écran ? Mais c’est aussi un métier qui apporte beaucoup sur le plan humain et les échanges que nous avons avec , heureusement, un grand nombre d’élèves est enrichissant et nous permet de retrouner le lendemain matin au travail avec le sourire.
A bien y réfléchir l’école n’est que le reflet de la société actuelle et les incivilités et les agressions verbales ou autres font le quotidien de bon nombre de professions y compris celles qui sont amenées à sauver des personnes. Je pense plus précisément aux urgentistes ou aux pompiers régulièrement agressés alors même qu’ils tentent de sauver des vies humaines.
Pour finir, je découvre avec plaisir cette facette de votre personne : la danse. J’espérais passer ma vie professionnelle dans le monde de la danse, des ennuis de santé m’ont, à 20 ans, obligé à changer de voie mais j’ai toujours dansé , c’est là que je puise ma force et mon énergie, mon équilibre aussi. C’est dans les cours de danse que j’ai appris à “me tenir” . Souvent d’ailleurs, des personnes qui me rencontrent pour la première fois me disent ” Vous avez fait de la danse, ça se voit à la façon dont vous vous tenez .”Quand on est danseur, c’est pour la vie.
Merci pour ce beau billet
Billet plein de sensibilité tant par le texte évoquant cette horreur qui m’a laissé abasourdie et tiré les larmes, que par les photos d’une ville que je connais, séjournant dans la Sarthe très régulièrement (mon mari est originaire de cette région). Le Mans manque de charme sauf ce ravissant quartier qu’est le vieux Mans, magnifiquement restauré et qui a retrouvé toute sa beauté, ce n’était pas le cas il y a une petite cinquantaine d’années…
Belle soirée
Michèle