
La rentrée scolaire marque le calendrier avec une force particulière, l’école reprend, les adultes pour la plupart ont remisé les affaires d’été tandis que les vacances deviennent des souvenirs. Le début de mois de septembre se signale également souvent par l’arrivée des nuages et de la pluie aussi. Et ces jours derniers nous les attendions avec beaucoup d’impatience. Lorsque la première véritable averse est enfin tombée je me suis calé dans un siège pour la regarder. Un spectacle ! J’ai pensé aux escargots, aux insectes, aux oiseaux, à mes plantes qui préfèreront toujours l’eau du ciel à celle du robinet et j’ai soupiré d’aise pour tout ce petit monde.
Est-ce en raison du climat qui devient source de maux et d’inquiétude ? Est-ce parce que le monde semble devenir fou à force de d’accélération, de productivisme, de consommation aveugle, de complexification, de contrôle, d’intolérance, de cupidité, de prédation, de narcissisme sans frein, de technologisation ? Un peu tout ça vraisemblablement, car j’ai soudainement eu envie d’évoquer l’œuvre de l’artiste japonais Kawase Kasui (je me suis offert cet hiver un livre qui lui est consacré et que je consulte à chaque fois qu’une soif de paix intérieure se doit d’être urgemment étanchée).
Les estampes de Kawase Hasui nous racontent tout l’inverse de notre monde inquiétant, elles disent les saisons, la grandeur des paysages, le charme infini des branches qui ploient sous la neige, de la silhouette d’un arbre qui se découpe au clair de lune, la beauté des temples de bois, des rivières et des étangs. Lorsqu’un humain est présent c’est à une place humble, chargée de donner l’échelle du plus beau et du plus grand que lui. Dans un Japon en pleine mutation après le séisme de 1923, Kawase Hasui semble être demeuré fermé à la modernité naissante, s’appliquant à dessiner toujours dans ses carnets la beauté du Japon traditionnel qu’il a traquée inlassablement.
Le mouvement shin hanga (« nouvelles gravures »), dont Kawase Hasui était l’un des représentants, s’est caractérisé par l’influence de la peinture occidentale, notamment de l’impressionnisme, et par le fait que les estampes résultaient d’un travail collectif, l’artiste travaillant main dans la main avec un artisan graveur sur bois, un imprimeur et un éditeur. L’artiste était ainsi délesté d’une part importante du travail technique, lui permettant de mieux se consacrer au dessin des paysages et à leur quête. Au final ces estampes sont le fruit d’un long processus et d’existences minutieusement consacrées à la transformation du réel en figuration poétique. Les estampes nous donnent la leçon du labeur patient, de la lenteur inhérente au bien faire.
Je trouve celles de Kawase Hasui particulièrement belles mais si vous vous intéressez au mouvement shin hanga, vous pourrez découvrir le travail d’autres estampeurs comme Ishiwata Koitsu, Tsuchiya Kōitsu, Hiroshi Yoshida…
Tandis que l’influence occidentale se faisait sentir dans les arts au Japon, ce dernier en retour fascinait bon nombre d’artistes occidentaux. On pense à Monet, Tissot, Cassatt, Lautrec et en matière d’estampe à Henri Rivière bien sûr.
En vous souhaitant un agréable mois de septembre je vous laisse donc au plaisir de la contemplation…
Le temple zojo-ji shiba sous la neige :

Après la pluie au sanctuaire de Sanno :

Temple Tennoji à Osaka :

Rivière Takino-Gawa :

Soir de printemps au pont Kintai :

Étang Senzoku dans la neige :

Le temple Saishoin sous la neige :

Pluie de printemps au temple Gokoku :

Porte Torii à Miyajima :

Neige du soir sur la rivière Edo :

Pleine lune à Magome :

Maison sous la neige :

Le temple de Zentsuji sous la pluie :

Le Temple du Honmonji à Ikegami :

Village de pêcheurs :

Pour aller plus loin :
Kawase Hasui, le poète du paysage
Brigitte Koyama-Richard
Éditions Scala
266 pages
Je vous suis depuis très longtemps sans intervenir malgré le très vif plaisir éprouvé lors de chaque la lecture de chaque publication.
Même sj’ai toujours le même plaisir d’admirer deux de vos oeuvres qui ont rejoint mes terres vichyssoises. Mais là, en ouvrant mes mails ce matin, c’esr un choc que de découvrir une partie de l’œuvre de Kawase Haïti. Quel bonheur de contempler ses estampes . Son art de nous présenter des paysages, des « arrêts sur image » oû l’on s’imprègne de beauté, de délicatesse et de sérénité., me laisse ….pantoise et heureuse de cette découverte. (Pantoise d’ignorer son existence). Et mon Yunnan matinal a une saveur encore plus savoureuse. Ma whishlist de cadeaux vient d’être abondée par cet ouvrage. Je vais également aller à la rencontres des autres estampes cités.
Encore merci pour tous vos articles, photos, moments d’humeur auxquels je plussoie.
Je suis désolée pour les lettres manquantes….troublée sans doute…à défaut de reconnaître mon manque de relecture…
C ‘est un régal un baume pour les yeux
Merci Philippe d’avoir choisi pour septembre un éloge à la lenteur
La litterature japonaise aussi est un bonheur de détails de d’appartenance à la nature
Très bel automne à venir , « l automne est le printemps de l’hiver » V HUGO
Bien à vous
Chantal
Merci beaucoup ; je ne connaissais pas et les estampes que vous nous montrez nous donnent envie d’en voir beaucoup d’autres. Les paysages sont emplis de calme, de sérénité… Je comprends que vous vous y réfugiez.
Amicalement,
Véronique
Pardon ! Il manque un « i » à réfugiez = réfugiiez….
Quel calme ! Sortir de l’agitation de la vie, oublier un moment toutes les mauvaises nouvelles d’un monde qui s’écroule et profiter de l’instant. Merci Philippe pour ce cadeau ! C’est si joli eti inspirant ; je crois que je pourrais broder un de ces modèles. Merci pour toute cette sérénité…
Bertille
Merci beaucoup ! C’est magnifique, quelle poésie !
MERCI, un pur bonheur, je vais faire comme la dame ci-dessus acheter le livre.
Belle fin de semaine.. Dommage que la fonction fonds d’écran ne fonctionne pas
je vais être très originale: que c’est beau!!!
mais que dire d’autre?
tout est beau mais ce que j’admire le plus , c’est le rendu de la neige,
et la sérénité qui se dégage de ces peintures;
j’adore et vais immédiatement rechercher un livre de ce peintre
et regarder aussi ses collègues dont vous nous avez donné les noms; merci grandement Philippe;
ici, la pluie se fait attendre depuis plus de deux mois,
dès qu’elle arrivera, si elle le veut bien, je crois que je ferai comme vous, regarder le spectacle, à moins que j’y participe en meprécipitant dessous hihi;
je vous souhaite un très bel automnne
et de très beaux articles tel celui-ci;
mariechristine
Les bleus des estampes japonaises sont toujours très beaux.
Sylvie
Il se dégage en effet de ces estampes une sérénité des paysages qui nous éloignent totalement du bruit et de la fureur accompagnant généralement la plupart de nos vies. Mais l’extraordinaire du point de vue technique _me semble-t-il_ c’est le rendu des arbres et de leurs feuillages.avec « Soir de printemps au pont Kinkai »et la lumière qui se dégage avec « Pluie de printemps au temple Gokoku « Tout cela étant propice à la contemplation .C’est une très belle rencontre.
Merci de nous initier à cette beauté en peinture. C’est sublime par le dessin et aussi par la quiétude qu’il représente.
Au plaisir de vous lire.
Je me souviens de l’éblouissement ressenti à la découverte de cet artiste, mais où ? Quand ? A quelle occasion ? Impossible de me souvenir. Alors merci mille fois cher Philippe d’avoir ravivé ma mémoire, merci de ce cadeau, et c’en est un, dont par les temps qui courent nous serions bien sottes et sots de dédaigner.
Toujours très attirée, voire fascinée par les scènes enneigées – « La pie » de Monet, dernièrement l’exposition consacrée à Pekka Halonen, entre autres, je ne peux que plonger avec délectation dans ces estampes à la délicatesse et à la précision toute japonisante. Même la pluie chez Hasui n’est pas triste !
Henri Rivière, artiste que j’affectionne beaucoup, a su, avec son regard plus « occidental » disons, perpétuer cet art de l’estampe.
Actuellement au Bon Marché, une exposition est consacrée au Japon jusqu’au 18 octobre, pour le pire et le meilleur. Il faut arpenter tout le magasin (ce qui n’est pas si désagréable en soi) pour dénicher quelques bricoles dignes d’intérêt. Le rayon librairie au 3e étage est assez bien fourni.
Kawase Hasui, mon chouchou… J’ai quelques reproductions d’estampes à la maison, si je me suis intéressée à l’ukiyo-e c’est d’abord grâce à Hokusai, mais quand j’ai découvert Kawase Hasui, ce fut une révélation. J’aime particulièrement ses paysages sous la pluie, à l’automne, sous la neige… Une vraie poésie. Je suis émerveillée à chaque regard que je pose sur ses oeuvres. Je les trouve joyeuses, modernes, (période Showa oblige (1910-1989) mais quand même…) elles me parlent. Merci pour votre publication.