

Nous voici, au musée Cognacq-Jay, au royaume des rubans, cordons, cordonnets, dentelles, manchettes, broderies, taffetas de soie, gazes et mousselines. L’exposition « Révéler le féminin » nous plonge dans les atours du XVIIIe siècle à travers une série de portraits et de scènes champêtres ou galantes. C’est tout l’art du paraître de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, porté à son paroxysme, qui se déploie ici et qui conserve jusqu’à nous son pouvoir de fascination, à nous qui avons renoncé à l’élégance au profit d’un confort qui nous fait davantage ressembler à des tentes de camping qu’à des gravures de mode. En marge des tableaux quelques vêtements et accessoires sont donnés à voir qui laissent béat d’admiration, telles ces pièces d’estomac somptueusement ornementées qui se fixaient sur le devant des robes à la française et qui dissimulaient le corps à baleines. Ces pièces de tissu sont si finement réalisées qu’elles semblent à peine humaines.
L’exposition distingue les portraits obéissant au besoin d’afficher son statut social en l’inscrivant dans la durée et les représentations mettant en avant une féminité plus idéalisée encore. Les fêtes galantes de Watteau ou les pastorales de François Boucher donnent à voir les raffinements de l’apparence dans le théâtre bucolique de la séduction et des plaisirs. Ces représentations plus mouvementées font apparaître un goût naissant pour le naturel et invitent à la rêverie. De ce point de vue l’exposition est très réussie. Dans le cadre charmant du musée Cognacq-Jay, une fois franchie l’entrée, la laideur du monde ne semble pas la bienvenue.
Reste que, sur le fond, on peut s’agacer du choix de l’exposition qui, de la mode et du paraître au XVIIIe siècle, écarte le masculin. On a envie de s’écrier : « Quelle inculture ! »
L’ignarerie des commissaires d’exposition est une hypothèse a priori peu recevable. Alors pourquoi ce parti pris exclusif ? Car oublier qu’au XVIIIe siècle le raffinement de l’apparence, l’usage des dentelles, broderies, fleurs, fards et couleurs tendres n’étaient pas l’apanage du féminin parait un peu fort.
J’y vois tout le poids du XIXe siècle bourgeois, industriel et puritain qui a scindé beaucoup plus nettement le masculin du féminin. Aux femmes les fanfreluches, aux hommes le noir, l’austérité en écho au rigorisme moral et au sérieux du labeur. L’orientation de l’exposition s’inscrit, du moins inconsciemment sans doute, dans cet héritage proche et encore bien vivace. Associer le masculin à des fleurettes brodées contrevient tellement à nos représentations mentales que cela en devient pour ainsi dire impossible.
Cela aboutit à une exposition partiale qui, à une époque qui cherche à bousculer les stéréotypes de genre, les conforte au contraire.
Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme (vers 1787) :

À droite, école de Jean-Marc Nattier, Louise Élisabeth de France, Duchesse de Parme (vers 1760), détail :

Jean Frédéric Schall, Danseuse en costume Louis XVI :

Lié Louis Périn-Salbreux, Portrait de Madame Sophie (1776) :

À droite, Jean-Baptiste Deshays, Portrait présumé de Jeanne-Élisabeth-Victoire Deshays (1763) :



À gauche, attribué à Johann Anton de Peters, Portrait d’une danseuse ou d’une actrice tenant un bouquet de fleurs (après 1763) :

François Boucher, Portrait présumé de Marie-Émilie Baudouin, fille du peintre :

Nicolas Bernard Lépicié, Portait de Quatremère et de sa famille (1880) :

À gauche, attribué à Jean-Marc Nattier, Portait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV (vers 1750). À droite, robe à la française et jupe :

Caraco, seconde moitié du XVIIIe siècle :

Musée Cognacq-Jay
Révéler le féminin, mode et apparences au XVIIIe siècle
Jusqu’au 20 septembre 2026



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