
Je vais énoncer une banalité affligeante : que les vacances font du bien ! Changer de décor, et surtout, ne s’occuper que de soi ! Précisément car je pars seul. Dans la vie de tous les jours je donne l’impression d’être très sociable, très à l’aise, mais la réalité est plus complexe. Le sauvage et le solitaire en moi demeurent bien vivants. Il m’est encore très difficile de vivre des situations qui sont tout à fait anodines pour les autres. Entrer dans un cinéma, dans un restaurant, dans un café, dans un aéroport ou dans un hôtel, relève généralement de l’impossible. Cela peut aller jusqu’à la panique, le cœur qui s’emballe, la respiration coupée et la désorientation. La majorité des personnes que je côtoie sont au courant, ce qui me facilite la vie, comme elles savent que je ne m’adonne généralement pas non plus au serrage de mains et autres bisouilles.
D’une manière générale, le contact avec autrui pour moi n’est jamais simple. Et je ne dois ma sociabilité qu’à un entraînement continu. C’est la période qui a succédé au Covid-19 qui a été pour moi la plus difficile à surmonter : des mois d’efforts à péniblement réapprendre le lien !
Les moments de solitude me sont donc indispensables. Je fais néanmoins très bien la distinction entre la solitude choisie et celle subie qui à l’inverse est une plaie terrible.
Ainsi, en vacances au bord de la mer, alors même qu’il y a moins de monde en septembre, je ne manque pas de repartir à la plage une fois la nuit tombée quand il n’y a plus personne. Bronze-t-on à la lueur de la lune ? Rien n’est moins sûr mais qu’importe ! les bras en croix sur le sable je me perds dans le ciel étoilé. Et je nage. Et j’écoute les grillons. Tout est de toute façon plus beau quand le paysage n’est pas pollué par des glacières, des casquettes, des sacs à dos, des fauteuils, des parasols, des thermos et j’en passe. Profiter de la nature en s’entourant de produits issus de l’industrie pétrochimique me semble en outre pour le moins…paradoxal !
Je suis retourné cette année au Lavandou, à plusieurs kilomètres du cœur de ville, dans un endroit encore préservé et calme. Une semaine à dissoudre dans le soleil et la mer toutes les « charges mentales » du quotidien.
Rentrer tard de la plage m’a ainsi valu un tête-à-tête nocturne avec un sanglier dans une rue où je n’avais aucun plan B possible. Je n’en menais pas large car il me fixait particulièrement fixement ! J’ai ramassé un bâton histoire de ne pas me sentir totalement démuni (utilité surtout psychologique pour moi) et je suis passé à 4 m de lui en marchant sans le regarder directement, espérant qu’il ne me perçoive pas comme un concurrent pour la poubelle qu’il convoitait. Heureusement pour lui j’avais déjà dîné et nous n’avons pas eu à nous battre.

Ma seule visite cette année a été Saint-Tropez. Destination sans grand intérêt, sauf si vous avez des emplettes à faire dans des boutiques de luxe. L’entrée de Saint-Tropez, avec son gigantesque parking, vous donne le ton de la déception à venir. À part les petites rues du centre, le village est plutôt en mauvais état : abords de la citadelle peu entretenus, ravinements, bancs publiques cassés, etc. Alors bien sûr il y a le spectacle du port avec ses yachts de milliardaires. D’impressionnants bijoux flottants amarrés là pour être admirés, et à travers eux leurs propriétaires.
Le contraste est grand entre la vanité exposée dans le port et la simplicité du cimetière qui rappelle les origines modestes du village.





Fan de parasols jaunes, je ne pouvais pas passer sans photographier ceux-ci. Je ne suis pas parasoljaunologue mais je ne serais pas étonné qu’ils soient de fabrication italienne :

J’ai passé en revanche un moment sympathique au musée de l’Annonciade, en partie parce qu’il n’y avait personne, mais aussi parce qu’une exposition y était consacrée au peintre Henri Person. Grand ami de Paul Signac, Henri Person découvre Saint-Tropez en 1900 et s’y installera avec sa famille. Il peindra toute la chaleur, les couleurs et la lumière de Saint-Tropez et de ses environs, sans luxe ni yachts, à une période où la côte méditerranéenne devait être merveilleuse. Le musée en soi est très agréable, installé dans une ancienne chapelle du XVI e siècle :






Il faut ensuite encaisser le choc du retour, troquer le sable fin contre des trottoirs sales, les gens affables contre la rudesse des incivilités et de l’indifférence. On referme la fenêtre et on remet la tête dans le guidon en sachant tous les efforts qu’il faudra faire encore pour ne pas perdre sa joie de vivre, pour ne pas laisser les autres vous faire devenir ce que vous ne voulez pas être.



Merci!
Moi aussi, j’évite de partir en été. Il y a trop de monde. À partir de septembre et de préférence en Normandie, le long de la côte. De Dieppe vers le nord. Et marcher le long de cette côte qui monte et descend et remonte et redescend, c’est un vrai plaisir. Et je ne rencontre pratiquement personne.
Merci pour l’échappée
J’ai aimé votre carnet de vacances dans lequel je me suis retrouvée,
ayant également une relation difficile aux « vanités » du temps,
énormes bateaux prétentiards ou panoplies d’estivants caricaturaux .
Le calme et la courtoisie restent des invariants obligatoires
pour tout séjour extérieur…
Vos photos solaires sont délicieuses,
elles suffisent à mon bonheur en ce jour de grisaille
mais nous attendons tellement l’arrosage céleste !
Ce ciel bleu, cette eau si claire, vivement ma retraite que je puisse m’échapper hors congés scolaires…
Tu fais au moins une économie de crème solaire en sortant le soir mais au vu des clichés, tu as tout intérêt à te protéger.
Un petit manque de confiance en soi ?
Belle soirée Philippe
Merci, MERCI Philippe pour ce délicieux billet et vos photos si bien juxtaposées et cet œil qui n’appartient qu’à vous ! Il faut avoir eu une plage pour soi SEUL pour comprendre ô combien cela peu être enivrant… Bonne rentrée, je sais que vous avez les ressources et la capacité de reprendre vos habitudes parisiennes ; d’autres rencontres et découvertes vous attendent.
Mille pardons : PEUT-ÊTRE … Bien évidemment.
Merci de faire connaitre ce petit musee ouvert en 1955. Pourriez-vous donner le nom des auteurs des tableaux que vous avez photographies? Je vois Person, mais c’est la seule signature (lisible).
de kuaaaaaaaaaaaaaaa ??? Pas de photo du sanglier ??? ;-))))
Comme je suis d’accord avec vous !!! Le seul moment où j’aime me ressourcer sur une plage est celui où plus personne ne s’y trouve.
Je vous comprends très bieN.
Merci pour cette jolie balade VAROISE et le joyeux kaléidoscope coloré
Une jolie moisson de souvenirs lorsque l’automne toquera à votre porte
Bonne fin de semaine
Chaleureusement